Décidées en mars sous la pression de la première ministre, Ioulia Timochenko, les élections municipales anticipées à Kiev se sont achevées dimanche soir, après un mois de campagne aux allures de kermesse électorale. Léonid Tchernovetsky, le maire sortant, devrait revenir par la grande porte pour le plus grand dépit de la première ministre qui l'a accusé à plusieurs reprises de corruption et en a fait le symbole de son opération «mains propres» dans le pays. Tchernovetsky aurait récolté, selon les sondages à la sortie des urnes, 32% des voix. Pour Ioulia Timochenko, qui s'est impliquée personnellement dans la campagne, cette victoire est un camouflet, même si son candidat, Olexandre Tourchinov, rafle la deuxième place, avec 20% des voix.

Extraterrestre politique

Il faut dire que Léonid Tchernovetsky est un véritable extraterrestre de la politique ukrainienne. Ce milliardaire sans complexe, piètre orateur et poursuivi par une tenace odeur de soufre, a su élever le populisme au rang d'art politique. Il a pendant toute la durée de son court mandat ciblé les plus vulnérables et distribué les cadeaux électoraux. La stratégie a payé: «Je touche 550 grivnias (75 euros) de retraite par mois, explique Paulina Sokoliouk, une Kiévienne de 76 ans. Qu'est-ce que je peux acheter avec ça? Alors quand Tchernovetsky me donne 75 grivnias de plus, même si c'est pour que je vote pour lui, et bien je suis d'accord. Au moins je peux m'acheter un kilo de viande.» Si l'achat des voix n'est pas l'apanage du maire sortant, Tchernovetsky a largement peaufiné la méthode et utilisé tous les canaux de communication de la mairie pour faire passer son image de maire bienfaisant: ces dernières semaines, il était omniprésent dans les journaux et sur les panneaux d'affichage de la ville et il a occupé sans répit les écrans du métro. Toute la journée, il a assuré être sûr de sa victoire.

Accusé maintes fois d'avoir utilisé les ressources immobilières de Kiev à des fins personnelles, le maire sortant a également réussi l'exploit de passer finalement pour une victime, rappelant sur tous les tons la «cabale» menée contre lui. L'absence de véritable enquête off

icielle sur ses agissements a joué en sa faveur. Autre raison de cette victoire, le nombre démesuré de candidats au fauteuil de maire. Dans les isoloirs, les habitants de la capitale ont dû choisir parmi 60 prétendants, sur un bulletin faisant près d'un mètre de long... Pendant un mois, la ville a été littéralement noyée sous les tentes, les affiches et les tracts aux couleurs des différents participants. Mais au final, Tchernovetsky n'a eu que deux adversaires sérieux, au premier rang desquels Vitali Klichko, un ancien champion du monde de boxe. Si Klichko est vénéré par les Ukrainiens en tant que sportif, il n'a pas su convaincre comme homme politique et se classe finalement troisième. Olexandre Tourchinov n'a pas, lui, réussi à se défaire de son image de marionnette à la botte de Ioulia Timochenko.

Pour autant, la partie n'est peut-être pas totalement jouée. Des irrégularités ont été constatées durant le vote, et les perdants sont montés au créneau hier, à l'image de Vitali Klichko qui affirmait dès midi qu'on lui avait volé la victoire: «J'étais le favori, mais Tchernovetsky a tout fait pour saboter cette élection», a estimé l'ancien boxeur. Difficile de déterminer aujourd'hui l'ampleur des fraudes mais l'ambiance générale est à la suspicion, sous l'œil désabusé des électeurs, qui n'ont pas été très nombreux à voter.