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Volodymyr Groïsman à son poste de «speaker» du parlement. 
© Sergei Chuzavkov

Ukraine

A Kiev, un premier ministre pas si réformiste

Après deux mois et demi de crise politique majeure, l’Ukraine a un nouveau gouvernement dirigé par Volodymyr Groïsman. Ce qui confirme l’emprise du clan Porochenko sur le pouvoir et le retour de méthodes d’avant la révolution Maïdan

Après plus de deux mois de crise politique, le parlement ukrainien a entériné jeudi le départ du premier ministre Arseni Iatseniouk, qui a démissionné dimanche, et son remplacement par Volodymyr Groïsman, un des bras droits du président Petro Porochenko, dont la promotion rapide révèle à la fois une présidentialisation rampante du pouvoir, mais également une fragilisation du paysage politique ukrainien et le retour sur le devant de la scène des élites de l’avant-Maïdan.

A vrai dire, l’accouchement de ce second gouvernement «pro-européen» aura été difficile, alors que le scénario était pourtant cousu de fil blanc: Arseni Iatseniouk avait lui-même annoncé dimanche l’identité de son successeur. Encore fallait-il que la Rada entérine la nouvelle donne, ce qu’elle a fait en attribuant 257 voix à Volodymyr Groïsman, sur 226 requises, grâce à des ralliements de députés indépendants négociés par le clan présidentiel ou bien les oligarques du pays.

Mandat de maire réussi

Agé de 38 ans, Volodymyr Groïsman, peu connu en Europe, apparaît comme un soutier de la politique ukrainienne, alors qu’il n’a fait son apparition dans l’arène nationale qu’au printemps 2014 en figurant dans le gouvernement provisoire issu de la révolution. Déjà favori de Porochenko pour prendre la tête du gouvernement, Volodymyr Groïsman s’est effacé devant un Iatseniouk triomphant. Dès lors, il a présidé, avec une certaine dextérité, le bouillant parlement ukrainien.

Sa légitimité, Volodymyr Groïsman, issue d’une famille juive d’entrepreneurs, l’a construite à Vinnytsia (370 000 habitants), importante capitale régionale de la Podolie, berceau de Roshen, l’empire chocolatier de Petro Porochenko. En 2006, à l’âge de 28 ans, Groïsman y est devenu le plus jeune maire d’une grande ville; de manière unanime, grâce à une gestion municipale moderniste et audacieuse, il en a fait «la ville la plus agréable à vivre d’Ukraine».

«Groïsman s’y connaît bien dans le domaine social, celui des régions et de la décentralisation», estime le politologue Vadym Karasev, qui loue sa jeunesse, son énergie et sa capacité à prendre à bras-le-corps les nouveaux défis. Cependant, le président du parlement ne fait pas encore partie dans l’opinion des ténors, à l’instar de Ioulia Timochenko, de Mikheil Saakachvili ou du très populaire maire de Lviv, Andriy Sadovyi.

«Volodymyr Groïsman a toutes les qualités d’un réformateur. Cependant, il n’arrive toujours pas à trouver une image politique attirante pour les Ukrainiens ordinaires», explique Volodymyr Fesenko, du centre d’études politiques Penta. En fait, la vraie, la légitimité de Groïsman est celle d’être l’ami d’un président, qui après plusieurs mois de cohabitation difficile avec Arseni Iatseniouk, semble avoir décidé de placer ses hommes à des postes clés.

Mais dans la nuit de lundi à mardi, selon plusieurs sources, Volodymyr Groïsman s’est opposé pour la première fois à son mentor sur l’identité des ministres de l’Economie, des Finances, de l’Energie et de la santé, montrant des premiers signes d’indépendance politique, alors que se dessinaient les nouveaux équilibres entre le camp Porochenko et le camp Iatseniouk.

«Groïsman ne veut pas être juste la créature de Porochenko. Il jouera sa propre carte, commente un journaliste parlementaire habitué des couloirs de la Rada. Il ne veut pas être un kamikaze, faire le sale boulot et rentrer complètement grillé à Vinnitsya avec sa carrière terminée.» Or, les risques politiques sont réels, alors que la cote de popularité de Petro Porochenko a plongé sous les 20% et que son nom est apparu dans les Panama Papers.

Plus qu’un soulagement, l’annonce du gouvernement a laissé un goût amer aux observateurs du théâtre politique ukrainien et à une opinion dubitative. «A court terme, Porochenko empoche une victoire en prenant le contrôle presque total du gouvernement, mais il ne pourra plus se cacher derrière son premier ministre», estime Anders Aslund, spécialiste de l’Ukraine à l’Atlantic Council. «Mais la principale inquiétude, poursuit-il, c’est que ce gouvernement soit encore moins réformiste et compétent que le précédent, il risque d’être incapable de répondre aux demandes du FMI, et de plus, plusieurs de ses nouveaux ministres ont déjà été visés pour malversations financières.»

Plusieurs éléments concordent. D’une part, tous les réformistes dévoués, comme la ministre des Finances sortante, Natalie Jaresko, sont expurgés du gouvernement. Malgré les pressions de la société civile, les vieilles élites reviennent en grâce: ainsi, le nouveau ministre des Finances, Oleksandr Danylyuk, a été un conseiller au sein de l’administration de Viktor Ianoukovitch.

Enfin, il apparaît que Petro Porochenko verrouille son pouvoir à tous les échelons. Alors que le procureur général Viktor Chokine, honni pour son obstruction de la lutte anti-corruption, a été démis, c’est Youri Loutsenko, l’architecte du parti de Petro Porochenko et une de ses éminences grises, qui pourrait prendre le poste tout chaud, ce qui instaurerait une inquiétante politisation de la justice.

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