Corée du Nord

Kim Jong-un souffle le chaud et le froid

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a montré les poings tout en tendant un rameau d’olivier lors de son adresse annuelle à la nation lundi, évoquant tout à la fois l’identité nucléaire de l’Etat et l’«ouverture au dialogue» avec Séoul

Dans son discours du 1er janvier, le président nord-coréen Kim Jong-un a inauguré 2018 en claironnant les succès de son pays qui a atteint selon lui son but, à savoir devenir un Etat nucléaire. En 2017, Pyongyang aura effectué un sixième essai nucléaire et plusieurs tirs de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) capables, selon la Corée du Nord, de porter une charge nucléaire sur le territoire continental américain. Mais il a affirmé que ces programmes militaires, interdits par l’ONU, étaient de nature défensive.

«Il y a un bouton nucléaire sur mon bureau»

Kim Jong-un a également donné le ton pour la nouvelle année: poursuivre l’effort d’armement et faire que son pays produise «en masse des têtes nucléaires et des missiles et accélère leur déploiement». «Tout le territoire américain est à portée de notre force de frappe nucléaire. Et il y a un bouton nucléaire sur mon bureau. Ce n’est pas du chantage mais la réalité», a déclaré lundi le dirigeant nord-coréen.

Et d’ajouter, déterminé: «Les Etats-Unis ne seront jamais capables de commencer une guerre contre moi ni mon pays.» De quoi répondre aux sorties belliqueuses du président Donald Trump, qui a évoqué la possibilité d’éliminer le Nord de la carte. «On verra, on verra», s’est contenté de lâcher le président américain lundi, après le discours de Kim Jong-un.

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Pour Mason Richey, professeur associé à l’Université de Hankuk des études étrangères en Corée du Sud, la référence au bouton nucléaire sur le bureau de Kim Jong-un souligne que la Corée du Nord considère désormais ses armes nucléaires comme normales et faisant partie intégrante de la force de dissuasion de Pyongyang – et veut que le reste du monde en fasse de même.

Il y voit en outre une manière pour le dirigeant nord-coréen de riposter au bluff du président Trump, mais aussi de réaffirmer les succès économiques de son pays, mis au ban de la communauté internationale et sous le coup de multiples trains de sanctions (visant notamment le pétrole et les travailleurs nord-coréens à l’étranger).

Escalade des tensions

«C’est le discours d’un dirigeant qui veut envoyer au public nord-coréen et au public international l’impression qu’il est couronné de succès, qu’il a réalisé beaucoup de choses, et qu’il est solidement assis aux commandes», décrypte Mason Richey. Le discours s’inscrit en ce sens dans la continuité de la politique menée depuis plusieurs mois, qui a participé à une escalade des tensions dans la péninsule coréenne.

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Un ancien haut responsable américain a ainsi prévenu que les Etats-Unis n’avaient «jamais été aussi proches d’une guerre nucléaire avec la Corée du Nord et dans la région». Et en Chine, un quotidien publiait il y a quelques jours sur une pleine page une série d’avertissements et de consignes adressés à la population du Nord pour lui donner les bons réflexes en cas d’attaque nucléaire.

Dans le même temps, les Etats-Unis ont multiplié les exercices militaires conjoints avec la Corée du Sud alors que la Chine montrait elle aussi les muscles lors d’importantes manœuvres militaires dans la région.

Signe d’apaisement à l’intention de Séoul

Dans son discours du Nouvel An, Kim Jong-un a toutefois distillé un semblant d’apaisement en évoquant la possibilité d’envoyer des athlètes aux Jeux olympiques de Pyeongchang en Corée du Sud, comme il l’avait fait en envoyant en 2014 une délégation aux Jeux asiatiques d’Incheon, près de Séoul.

Les Jeux se tiendront du 9 au 25 février, suivis à partir du 9 mars par les Jeux paralympiques. Or le dossier nucléaire nord-coréen fait peser une réelle menace sur le succès et la sécurité de la compétition. Les sites olympiques sont à moins de 100 km de la frontière qui sépare les deux Corées depuis la guerre de 1950-53. Cyberattaques, nouvel essai de missile, les analystes n’excluent aucune perturbation possible.

«J’espère sincèrement que les Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang seront menés avec succès», a déclaré lundi le dirigeant nord-coréen dans son message à la nation. «Nous sommes disposés à prendre les mesures nécessaires, y compris à envoyer notre délégation» à Pyeongchang, a-t-il poursuivi, en l’occurrence des patineurs en couple.

Les organisateurs, qui présentent les JO comme les «olympiades de la paix», ont salué le geste. Mais rien n’est encore acté. Les autorités du Nord et du Sud doivent d’abord prendre langue.

Pour Scott Snyder, expert du dossier coréen au Council on Foreign Relations, les JO peuvent offrir «un répit, même temporaire, dans les tensions actuelles». «La saison des essais de missiles a débuté ces deux dernières années en février, mais les Jeux offrent un prétexte pour un report», explique-t-il, tout en soulignant que les risques associés aux programmes militaires du Nord «demeureront».

Kim et Trump, même stratégie

Pour le professeur Mason Richey, les propos de Kim Jong-un sont «vagues et incertains». Ils ont probablement un double objectif: d’une part, «tester les eaux diplomatiques pour voir ce que Séoul et Washington sont potentiellement enclins à accepter» et, de l’autre, «creuser un fossé entre les Etats-Unis et la Corée du Sud, si le Sud prend une position plus douce que les Etats-Unis».

Au final, cette attitude ambiguë du dirigeant nord-coréen, consistant à montrer les crocs tout en donnant des signes d’ouverture, n’est pas sans rappeler, selon Mason Richey, celle de l’administration Trump, qui dit que toutes les options – y compris militaires – sont sur la table pour régler le dossier nord-coréen, tout en se déclarant ouverte à des négociations.


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