L’explication

Kiruna, la ville qui déménage, en trois questions

Les grandes manœuvres vont commencer pour la cité du nord de la Suède, qui va déplacer son centre-ville. Ainsi, la ville de Laponie suédoise est entrée dans la culture populaire

L’affaire passionne l’Europe, et au-delà: en Suède, une ville s’apprête à déplacer une grande partie de son centre, en raison de l’extension de sa mine. Une révolution urbanistique en trois points.

Quelle est cette mine qui ronge la ville?

Ils sont «tous prêts à partir», lance le maire adjoint de Kiruna, Stefan Sydberg, dans un reportage du Temps publié vendredi. Après des années de préparation – les premières discussions datent du début des années 2000 –, la cité du nord du pays, située en Laponie suédoise, qui est par ailleurs la plus grande municipalité de Suède, va vivre un événement unique. Les autorités vont procéder à la mise en œuvre de cette entreprise unique au monde: déplacer la totalité du centre-ville.

Cette impressionnante translation, on le sait, est due à la mine de fer de Kiruna, en exploitation depuis cent vingt ans. Elle reste la plus grande mine de fer souterraine du monde, et, à l’heure où l’acier européen pourrait être visé par les taxes protectionnistes de Donald Trump, elle représente 90% du minerai de fer européen. Les couloirs de la mine vont jusqu’à 1775 mètres de profondeur.

Selon la compagnie qui la possède, LKAP, la mine peut être exploitée jusqu’à 2035. Mais les forages avancent toujours davantage sous les habitations, mettant en péril des quartiers entiers.

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Comment vont-ils s’y prendre?

La ville compte 23 000 habitants, dont 18 000 dans la zone considérée comme le centre. Au total, 6000 personnes vont devoir être déplacées, à un peu plus de 3 kilomètres à l’est. Le centre-ville actuel sera détruit, ainsi que plusieurs zones d’habitation. LKAB a acheté de nombreux terrains et peut ainsi faire des offres aux déplacés: les propriétaires de maison se verront offrir un nouvel écrin, les locataires, un appartement à loyer bloqué, et ceux qui veulent vendre auront un bonus de 25% par rapport à la valeur du marché.

Certains bâtiments historiques, notamment une église, seront démontés pièce après pièce et reconstruits plus loin. La compagnie s’est aussi engagée à soutenir la construction de commerces et de chambres d’hôtel, et les services publics investiront de nouveaux bâtiments. L’opération est estimée à plus de 3 milliards de francs.

La ville est-elle entrée dans la culture pop?

Sans conteste. Les mentions de l’immense opération lapone se multiplient, citons-en deux. En Suède même, la romancière vedette Asa Larsson a largement évoqué la ville et sa mine dans En sacrifice à Moloch, paru en français à l’automne 2017. En toile de fond de cette enquête sur un meurtre commis sur les étendues gelées, la Kiruna dans les années 1930, évoquée par des flash-back, durant les grandes heures de l’exploitation minière. L’auteure détaille comment la cité était figée dans des catégories sociales rigides, des maîtres locaux jusqu’à la main-d’œuvre exploitée dans les tunnels comme dans les cuisines.

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Peu avant, Canal + avait commissionné une série à l’auteur suédois Mans Marlind, qui a travaillé sur Bron/Broen. Jour polaire raconte l’enquête d’une inspectrice française à Kiruna, où un Français a été assassiné. Le déménagement de la ville contribue à l’ambiance flottante, vaseuse, du feuilleton, marqué par le soleil de minuit…

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A noter que l’écrivaine Maylis de Kerangal a publié, fin janvier chez l’éditeur La Contre allée, Kiruna, un reportage littéraire né d’une bourse liée aux mines et à leur univers.

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