L’ex-ministre des Affaires étrangères français Hubert Védrine le relève dans une préface: Kishore Mahbubani annonce depuis longtemps que la «parenthèse occidentale va s’achever après plusieurs siècles de domination, et que nous devons, en tout cas nous les Européens, si longtemps «fukuyamiesques», l’admettre et surtout nous y préparer». Le professeur, ex-diplomate et géopoliticien singapourien, a le ton direct et parfois définitif. Dans un livre qui vient de paraître en français, Le jour où la Chine va gagner. La fin de la suprématie américaine, il secoue voire provoque les Occidentaux en analysant les conséquences de la montée en puissance de la Chine. Il l’écrit: «Dans la compétition géopolitique en cours entre Américains et Chinois, les premiers se comportent comme les Soviétiques, et les seconds comme les Américains pendant la guerre froide.» L’inflexibilité du processus décisionnel aux Etats-Unis pousse ces derniers à dépenser plus que de raison pour la Défense. Et à perdre toute rationalité dont la concrétisation la plus évidente fut l’invasion de l’Irak en 2003. «Il est dans l’intérêt de la Chine que ces dépenses de Défense américaines irrationnelles et ruineuses se poursuivent», poursuit-il. A contrario, dit-il, «le summum de la rationalité chinoise en matière de Défense s’est illustré dans la décision de la Chine de ne pas augmenter son stock d’armes nucléaires». Un constat optimiste qui pourrait cependant bientôt être démenti par la réalité.

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