La tournée balkanique que le secrétaire général des Nations unies effectue actuellement a commencé par un moment de recueillement, dimanche à Sarajevo. Dans la capitale bosniaque, Kofi Annan a rendu hommage aux centaines d'employés de l'ONU tués au cours des guerres balkaniques de la dernière décennie. Après son escale en Bosnie, Kofi Annan s'est rendu lundi à Pristina, avant de rejoindre Belgrade ce mardi. Au Kosovo, le secrétaire général a dû faire face aux revendications des leaders albanais de la province, qui ont tous rappelé leur attachement à l'objectif de l'indépendance. La veille de son arrivée, une nouvelle église serbe a été dynamitée à Istok, dans l'ouest du Kosovo, un acte de destruction d'une gravité sans précédent depuis plusieurs mois. La tension politique a en effet monté d'un nouveau cran au Kosovo quand a été connu, la semaine dernière, le projet de constitution de la nouvelle Union de Serbie et du Monténégro, censée remplacer l'actuelle Fédération yougoslave. Ce document maintient en effet le Kosovo dans le giron de la Serbie et les Albanais y ont vu une nouvelle «attaque de Belgrade».

La résolution 1244 de l'ONU, qui détermine l'administration du Kosovo par les Nations unies, reste ouverte sur l'évolution du statut final du territoire, tandis que l'Union de Serbie et du Monténégro a été portée sur les fonts baptismaux par l'Union européenne, que certains Albanais n'hésitent plus à accuser de soutenir les velléités de «reconquête» serbe.

La visite du secrétaire général s'inscrit pourtant dans le contexte d'un transfert progressif des compétences de l'ONU et de l'OTAN à l'Union européenne. En Bosnie, la mission des Nations unies prendra fin dans six mois, tandis que les effectifs des troupes de l'OTAN dans le pays, déployées dans le cadre de la SFOR, devraient être sévèrement revus à la baisse. L'Union européenne reprendra les compétences de l'ONU, notamment en matière de police et de contrôle des frontières.

C'est cependant en Macédoine, un pays que Kofi Annan ne visitera pas, que le nouveau rôle diplomatique et militaire de l'Union européenne devrait être testé. Le mandat des troupes de maintien de la paix dans ce pays – la mission «Renard Roux» – arrive à échéance le 15 décembre prochain. Cette mission sera sans aucun doute reconduite, mais les «Renards» devraient troquer le drapeau de l'OTAN pour celui de l'Union européenne, qui obtiendrait ainsi sa première mission de monitoring militaire dans un pays en crise.

A Sarajevo comme à Pristina, Kofi Annan s'est employé à expliquer que les tâches essentielles de maintien de la paix devaient revenir à l'Union, affirmant que celle-ci «détenait désormais les clés de la paix». Si l'Union apporte déjà, de très loin, la principale contribution financière à la reconstruction des pays des Balkans, son rôle politique et surtout militaire est resté limité. Alors que l'OTAN cherche à redéployer ses forces pour faire face aux nouveaux défis du terrorisme, il faut encore convaincre les dirigeants balkaniques du bien-fondé du passage de relais à l'Europe.