«Comme vous le savez, le poste de haut-commissaire pour les Réfugiés des Nations unies est maintenant vacant…» Ainsi débute l'appel à candidatures adressé le 23 février 2005 par Kofi Annan aux 191 missions des pays membres de l'ONU et, fait nouveau, aux responsables d'une dizaine de grandes organisations non gouvernementales (ONG) internationales. Obtenu par Le Temps, ce courrier envoyé trois jours après le départ controversé de l'ex patron du HCR Ruud Lubbers – accusé de harcèlement sexuel, il a choisi de démissionner le 20 février malgré le vide juridique du dossier (lire notre édition du 17 mars) – éclaire la course que vont se livrer, dans les prochaines semaines, les différents postulants à la fonction la plus exposée des Nations unies à Genève. Dans sa lettre, le secrétaire général demandait à connaître les candidats avant le 9 mars. Dix-huit noms lui ont été transmis, auxquels viennent s'ajouter ceux issus de ses propres consultations. Citons, parmi eux: l'ancien ministre français Bernard Kouchner, l'ancien chef de la diplomatie australienne Gareth Evans, l'ex-commissaire européenne italienne Emma Bonino, l'actuel sous-secrétaire général de l'ONU à l'Information, l'Indien Shashi Tharoor, le numéro trois du HCR, le Tunisien Kamel Morjane, ou l'actuel patron de l'ONU au Kosovo, le Danois Soren Jessen-Petersen.

Premier enseignement de ce courrier: la volonté affichée de réforme. «Je crois que nous avons besoin de choisir d'une manière nouvelle les dirigeants des institutions internationales», note Kofi Annan. La recherche de candidats pour le HCR, estime-t-il, «peut servir d'exemple […], tout comme celle déjà en cours pour un nouvel administrateur pour le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD)». Le lien n'est pas innocent, vu que l'ancien N° 1 du PNUD, Mark Malloch-Brown, soutenu par Washington, est aujourd'hui… directeur de cabinet du secrétaire général. Outre le HCR et le PNUD, deux autres agences des Nations unies cherchent d'ailleurs un patron ces jours-ci: l'Unrwa, l'Agence pour les réfugiés palestiniens, et l'Uniosis, le bureau d'enquête interne de l'ONU, sa «police des polices».

Deuxième leçon: l'importance du critère financier et de la réputation des pays d'origine des candidats en matière d'asile. «Je crois que le nouveau haut-commissaire doit être une personne d'une impeccable intégrité, talentueux en matière de diplomatie et de collecte de fonds», écrit Kofi Annan. Il poursuit: «Le haut-commissaire a également besoin d'une connaissance très précise de la question des réfugiés, laquelle peut provenir de ses fonctions antérieures au sein du gouvernement d'un pays ayant reçu un nombre significatif de réfugiés, ou de son passage dans une organisation humanitaire […] Il devra fermement défendre les principes internationaux de protection et de non-refoulement.»

A l'aune de ces critères, Bernard Kouchner, 65 ans, part handicapé par la faible contribution financière de la France – bien que celle-ci ait promis de faire un effort – à l'organisation (12 millions de dollars en 2004, contre 79 millions pour les Pays-Bas de Ruud Lubbers) et sa réputation abrasive susceptible de déplaire à certains donateurs. Idem pour Gareth Evans, 60 ans, qui, lui, a de surcroît le handicap d'avoir fait partie du gouvernement australien au moment où celui-ci mettait en place sa législation très dure contre l'immigration clandestine. L'actuel directeur des opérations du HCR, Kamel Morjane, officiellement présenté par la Tunisie, risque pour sa part de pâtir de la mauvaise réputation du régime autoritaire du président Ben Ali. Soren Jossen-Petersen, vétéran du HCR, a en revanche l'avantage d'être présenté par le Danemark, qui paie chaque année 60 millions de dollars.

Le courrier précise ensuite que la «maîtrise de l'anglais est nécessaire et celle du français hautement désirable». Mais le plus intéressant est le processus annoncé de sélection, lequel n'est pas détaillé dans ses trois pages. Fait nouveau, Kofi Annan a promis de rendre public «après Pâques» une présélection des nominés. Les interviews des candidats commenceront alors, afin que le secrétaire général puisse annoncer son choix à la fin avril. Une nomination surprise d'un candidat «politique», comme celle de l'ex-premier ministre néerlandais Ruud Lubbers en 2000, paraît donc peu probable.