Recherche candidat pour reprendre mission délicate dès le 31 août. Qualités requises: altruisme, courage, sens de l’effort et une bonne dose de prestige international. Rémunération: inconnue. Risque d’échec: maximal.

En officialisant jeudi la démission de Kofi Annan, l’envoyé spécial pour la Syrie des Nations unies et de la Ligue arabe, au 31 août, à l’issue de son mandat, Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, a assuré que l’institution «reste engagée à viser la fin des violences au travers de la diplomatie, ainsi qu’une solution menée par la Syrie, qui satisfasse les aspirations légitimes de son peuple». Il a déjà, dit-il, entamé des consultations avec son homologue de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, afin de «désigner rapidement un successeur qui pourra poursuivre cet effort de paix crucial».

Mais qui sera assez téméraire pour reprendre le flambeau du Ghanéen, ancien secrétaire général de l’ONU et Prix Nobel de la paix en 2001, rappelé de sa retraite diplomatique genevoise le 23 février dernier par Ban Ki-moon? «Le monde est plein de fous de mon genre. Ne soyez pas étonnés si quelqu’un d’autre décide de prendre le relais», a déclaré Kofi Annan, lors de la conférence de presse convoquée à la hâte hier après-midi au Palais des Nations, une fois officialisée sa démission.

Au cours des cinq mois passés par le septuagénaire au chevet de la Syrie et à courir les capitales, la situation s’est pourtant irrémédiablement détériorée. Au point de faire basculer la Syrie dans une guerre civile qui ravage aujour­d’hui Alep, la seconde ville du pays, et aurait déjà coûté plus de 20 000 vies. Son plan de paix en six points, élaboré en mars pour endiguer les violences, n’a jamais été appliqué que sur un aspect très parcellaire: l’envoi de 300 observateurs onusiens non armés sur le terrain, qui s’est rapidement avéré impuissant.

Au contraire, ce plan, comme le rappelle un récent article prémonitoire du Washington Post, a valu à Kofi Annan d’être honni par les activistes syriens et par certaines voix du monde arabe pour avoir fait le jeu de Bachar el-Assad, en lui permettant de gagner du temps.

Mais le médiateur refuse d’endosser le rôle de bouc émissaire et rejette la responsabilité de l’échec de sa «mission impossible» mais «sacrée» sur la «militarisation accrue et le clair manque d’unité du Conseil de sécurité», en déplorant de ne pas «avoir reçu tout le soutient que la cause méritait». «Sans une pression internationale unie, sérieuse et résolue, y compris de la part des puissances régionales, il est impossible, pour moi comme pour quiconque, de forcer le gouvernement syrien, en premier lieu, mais aussi l’opposition, à prendre les mesures nécessaires pour entamer un processus politique», affirme-t-il. Dans une interview au journal Le Monde, début juillet, le représentant spécial admettait déjà l’échec de sa mission en Syrie, mais sans en tirer formellement les conséquences: «A l’évidence, nous n’avons pas réussi.»

Quelques jours auparavant, à Genève, à l’initiative de Kofi Annan, un sommet international sur la Syrie s’était conclu par un accord prévoyant la mise en place d’un gouvernement provisoire d’union nationale. Ce projet de transition politique est resté lettre morte, «alors qu’il aurait automatiquement dû être approuvé par le Conseil de sécurité afin que la communauté internationale puisse s’ap­-puyer dessus», insiste-t-il.

Dans ses Mémoires à paraître le 4 septembre prochain, intitulées Interventions: une vie dans la guerre et la paix, Kofi Annan relate sa carrière de quatre décennies aux Nations unies, qui l’a confronté à tout ce que l’histoire contemporaine a compté de conflits: Bosnie, Rwanda, Somalie… D’après le Washington Post, il y écrit aussi que Bachar el-Assad est un homme «désireux d’employer tous les moyens pour garder le pouvoir», ce qui augure mal des chances de son successeur.

A l’annonce de son forfait, la communauté internationale a été aussi unanime à lui tresser des lauriers que le Conseil de sécurité s’est montré discordant ces seize derniers mois. Sa démission «est très regrettable», une «grande honte», a déclaré le président russe Vladimir Poutine.

Ses efforts «doivent être poursuivis», plaide Berne. Jusqu’à Damas, qui a exprimé ses «regrets», pour cette mission infructueuse, «entravée par les Etats qui cherchent à déstabiliser la Syrie».

«Sans une pression internationale, il est impossible, pour moi comme pour quiconque, de forcer le gouvernement syrien»