Les délégués du Conseil national serbe du Kosovo, réunis dimanche au monastère de Gracanica, ont décidé d'envoyer des représentants aux organes intérimaires de gouvernement mis en place par l'administration internationale au Kosovo (LT du 3 avril). Bernard Kouchner a salué cette initiative «courageuse», en estimant que «maintenant, le vrai travail peut commencer pour mettre en place l'administration du Kosovo». Depuis l'automne dernier, les représentants serbes boycottaient en effet les structures administratives mises en place par l'administration Kouchner, en reprochant à la communauté internationale de n'avoir pas pris les mesures nécessaires pour prévenir l'exode de la population serbe de la province. Depuis juin 1999, environ 240 000 non-Albanais ont quitté la province.

Les délégués du Conseil national serbe de Kosovska Mitrovica n'ont toutefois pas pris part à la réunion à Gracanica et condamnent la décision de participer aux nouvelles institutions. Oliver Ivanovic, le porte-parole des Serbes de Mitrovica, a aussitôt déclaré que «cette décision prise par un petit nombre de personnes dépourvues de représentativité aurait des conséquences catastrophiques pour le peuple serbe».

Deux lignes s'affrontent en effet parmi les Serbes du Kosovo. Le Conseil national de Gracanica, lié au diocèse orthodoxe et présidé par l'évêque du Kosovo, Mgr Artemije, réunit des opposants déclarés et résolus au président yougoslave, Slobodan Milosevic. Les Serbes de Mitrovica, eux, se targuent aussi de sympathiser avec l'opposition serbe, et Oliver Ivanovic est lui-même membre d'une petite formation d'opposition, le Parti démocratique de Serbie (DSS). Toutefois, des «hommes de Belgrade» sont très actifs dans l'entourage d'Oliver Ivanovic. En continuité territoriale avec la Serbie, Mitrovica représente un bien plus grand intérêt stratégique que les quelques poches où survivent encore des Serbes, comme la poignée de villages groupés aux alentours du monastère de Gracanica. Oliver Ivanovic se targue d'avoir «le peuple» derrière lui. Il contrôle du moins les quelque 30 000 habitants du secteur nord de Mitrovica, tandis que le Conseil de Gracanica ne peut qu'entretenir des liens ténus avec les Serbes qui vivent encore dans des villes comme Prizren ou les quelques autres petites enclaves.

Pour le Conseil national serbe de Gracanica, participer aux institutions provisoires de l'ONU représente l'espoir de trouver une nouvelle légitimité comme porte-parole de la population serbe, tandis que le Conseil de Mitrovica préfère s'en tenir au boycott des institutions et à une attitude plus radicale afin d'obtenir sinon la partition du Kosovo, du moins la reconnaissance d'une «entité serbe» sur le territoire qu'il contrôle.