DIASPORA

Au Kosovo, les routes de l'indépendance

Les Kosovars de Suisse, de retour de vacances «au pays», dressent leur bilan de six mois d'indépendance.

L'image qui reste de l'indépendance du Kosovo, le 17 février 2008, est celle de drapeaux rouge et noir flottant fiévreusement sur Pristina. Six mois après, elle a été supplantée par une autre: l'asphalte serpentant fièrement à travers la contrée. Kosovars exilés en Suisse ou Suisses d'origine kosovare, ils sont nombreux à être rentrés au pays cet été. Tous ont constaté la même chose: «Il y a des routes partout, du bitume jusque dans les petits villages autrefois inaccessibles. Et même une autoroute.»

Visible, utile au plus grand nombre et enthousiasmant, cet investissement se voudrait symbolique de la nouvelle marche de l'Etat, d'un Kosovo entré de plain-pied dans la modernité. En avalant avec délectation ce tout nouveau goudron, la diaspora a remarqué de nombreux autres chantiers. «Beaucoup d'écoles ont été construites ces derniers mois, souligne Avni Isufi, informaticien à Genève. L'éducation est une priorité et le gouvernement a décidé d'offrir les livres scolaires. C'est une première, et c'est formidable pour les familles pauvres.»

«J'ai vu des briques rouges partout, s'enthousiasme Vlora Abdyli, qui vient de terminer ses études d'assistante sociale. Des tas de Kosovars expatriés commencent à investir là-bas, ils montent des entreprises, construisent des usines... Ils attendaient pour cela que l'indépendance soit proclamée, qu'un certain nombre d'Etats nous reconnaissent, que la situation se stabilise.» 3000 emplois, ainsi, auraient été créés depuis le début de l'année. Une petite bouffée d'air dans un pays où le taux de chômage peut atteindre près de 70% chez les moins de 40 ans, largement majoritaires parmi les 2 millions d'habitants. «Les gens ont envie de participer à la reconstruction, ils sont motivés et pleins de projets, note Rrezarta Shatri, animatrice socioculturelle à Genève. L'ambiance a changé.»

Arta Kryezin-Osmani, étudiante romande, a elle aussi constaté un bouleversement d'état d'esprit. Mais dans le mauvais sens: «Le niveau de vie ne s'est pas amélioré, les jobs sont réservés aux proches des dirigeants. Les Kosovars avaient placé tellement d'espoir dans cette indépendance; ils se rendent compte aujourd'hui que leur quotidien n'est pas mieux qu'avant. Je les ai trouvés déprimés.» La jeune fille pensait retourner dans son pays d'origine dès la fin de sa scolarité. Cette déception estivale la fait désormais hésiter. «On ne peut pas tout régler en six mois, ce qui a été fait jusque-là est déjà énorme!» rétorque Vlora Abdyli. «C'est maintenant que tout commence, concède Nefail Maliqi, journaliste au Palais des Nations. Qui a dit que l'indépendance apportait à manger?» La pauvreté, donc, demeure endémique, les coupures d'électricité restent quotidiennes, les trafics répandus.

Si nombre de Suisso-Kosovars dénoncent une corruption galopante, «pire qu'avant», les autres se réjouissent des progrès de l'administration. «J'ai obtenu mon passeport en une heure. Et sans passe-droit», se félicite Rrezarta Shatri. «Mon mari l'a eu en deux jours», relève de son côté Vlora Abdyli. «Nous qui sommes habitués, en Suisse, au travail fait dans les règles, nous sommes ravis de l'évolution là-bas», argue Avni Isufi.

Et tous de souligner l'amabilité des fonctionnaires, qui «œuvrent même le samedi pour répondre à la demande». Certains feraient même du zèle. «A mon arrivée à la douane, en voiture, on m'a remis une liste des nouvelles lois, souligne Kadri, coursier à Genève. Il faut garder les phares allumés, conduire à telle vitesse... Jusque-là, un conducteur pris en faute donnait 10 euros et repartait. Cette année, il n'y a plus d'échappatoire possible. La loi est plus stricte qu'auparavant et, en plus, il faut la respecter!» Non content d'être devenu un Etat, le Kosovo prétend désormais au titre d'Etat de droit.

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