Genève internationale

Au Koweït, il est interdit de critiquer le défunt roi d’Arabie saoudite

Venu témoigner à Genève, un cyberactiviste koweïtien risque d’être arrêté à son retour dans l’émirat. D’autres activistes ont été arrêtés ou lourdement condamnés. Le Koweït défendait mercredi son bilan en matière de libertés devant le Conseil des droits de l’homme

Au Koweït, il est interdit de critiquer le défunt roi Abdallah

Genève Mandat d’arrêt contre un activiste venu témoigner

Nawaf al-Hendal prend son avion ce samedi soir pour rentrer au Koweït. Mais il craint d’être arrêté à son arrivée dans le pétro-émirat, coincé entre l’Arabie saoudite et l’Irak. «J’ai fait le maximum de bruit et prévenu des amis pour qu’ils viennent m’accueillir», dit ce jeune homme de 28 ans. Sur sa carte, il est inscrit simplement «défenseur des droits de l’homme».

A peine assis pour le rendez-vous convenu sur le réseau social Twitter, le cyberactiviste s’excuse poliment. Il s’absente pour plaider son cas auprès d’un expert onusien. Ce n’est pas la première fois que Nawaf al-Hendal vient à Genève. Mais la première fois qu’il est inquiété par les autorités koweïtiennes.

«Mardi, j’ai appris qu’un mandat d’arrêt avait été émis contre moi», raconte-t-il, encore abasourdi. On lui reproche des tweets offensants contre le roi Abdallah d’Arabie saoudite, le puissant voisin, décédé il y a une semaine. «Je m’étais simplement demandé s’il y aurait une vacance du pouvoir», se justifie-t-il. Le lendemain, la police koweïtienne arrêtait un autre activiste, Mohamed al-Ajmi, pour les mêmes raisons, explique-t-il. D’autres militants seraient visés par des mandats d’arrêt.

Jeudi, une cour d’appel alourdissait à 5 ans de prison une peine de 2 ans d’emprisonnement prononcée en première instance contre un autre activiste, Abdel Aziz Jarallah al-Mutaïri, pour «insulte» sur Twitter à l’émir du Koweït, selon le texte du verdict obtenu par l’AFP.

Défense de la minorité chiite

La veille, à Genève, une imposante délégation koweïtienne passait son grand oral devant le Conseil des droits de l’homme (CDH). Un exercice auquel tous les pays sont astreints à tour de rôle.

«Je ne crois pas que cette répression est liée à l’examen du Koweït à Genève», estime Nawaf al-Hendal. «Les autorités koweïtiennes seraient stupides de prendre de telles mesures alors qu’elles se savent observées.» Les arrestations et condamnations traduiraient plutôt la grande nervosité du pouvoir. L’émir Sabah al-Jaber al-Sabah est âgé de 85 ans. Comme les autres monarchies du Golfe, le Koweït est très inquiet des revendications de sa minorité chiite, vue comme une cinquième colonne de l’Iran.

En plus d’être chiite, Nawaf al-Hendal a le tort de défendre la cause des bidouns. Ces apatrides se battent depuis l’indépendance du Koweït en 1961 pour en obtenir la nationalité. Ils seraient au nombre de 100 000 dans l’émirat, sans accès aux écoles, aux hôpitaux ou à la fonction publique. Déjà peu enviable, leur sort s’est dégradé après l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990, car ils ont été accusés de collaboration avec Saddam Hussein. L’automne dernier, le gouvernement leur a proposé la nationalité… comorienne, archipel perdu dans l’océan Indien. Ces derniers jours, plusieurs militants bidouns ont été condamnés à des peines de prison pour participation à des manifestations non autorisées. Ils seront aussi expulsés de l’émirat. «Est-ce qu’on les enverra aux Comores?» ironise Nawaf al-Hendal.

Précédent tragique

Le cas du jeune activiste koweïtien est pris très au sérieux à Genève. On y voit une tentative d’intimidation pour dissuader les défenseurs des droits de l’homme de témoigner devant le Conseil des droits de l’homme. L’exemple tragique de la Chinoise Cao Shunli, arrêtée alors qu’elle allait prendre l’avion pour Genève, est dans toutes les mémoires. L’avocate est décédée en prison faute de soins en mars 2014.

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