«Une décision très inamicale qui mérite une réponse aussi raffinée que désagréable.» Telle a été, hier matin à Moscou, la première réaction à l'expulsion annoncée d'une cinquantaine de diplomates russes du territoire des Etats-Unis. Une réaction qui émanait des milieux proches des «structures de forces» (défense, intérieur, sécurité) et qui a été suivie bientôt par un flot de protestations, sous couvert d'anonymat. Ces voix ont réclamé l'expulsion d'«au moins 300 ou 400 diplomates américains» ou encore le refoulement de tout le personnel de l'ambassade américaine, «femmes de ménage et plombiers compris», de manière à rendre la vie quotidienne impossible.

Finalement, Moscou a décidé d'expulser dans de brefs délais une cinquantaine de diplomates américains, un pour chaque diplomate russe chassé des Etats-Unis. «Les autorités espèrent que ceux qui cherchent à pousser l'humanité et les Etats-Unis vers l'époque de la guerre froide et de la confrontation ne l'emporteront pas à Washington», a déclaré sur CNN le ministre des Affaires étrangères Igor Ivanov. Et d'assurer que le Kremlin n'avait pas choisi d'en arriver là.

Officiellement, le ton était plus modéré et le ministre des Affaires étrangères Igor Ivanov s'est contenté de formuler des vœux pour que, «dans ces scandales liés à l'espionnage, ce soit le bon sens qui triomphe». Pourtant, chacun en a profité pour rappeler la longue liste de mesures vexatoires et «clairement antirusse» prises par l'administration Bush: arrestation de l'ancien intendant du Kremlin Pavel Borodine, soutien à des dirigeants tchétchènes, tentative de mettre la main sur le pétrole d'Azerbaïdjan et de faire entrer la Géorgie dans l'OTAN, bouclier antimissile, etc. «L'aspiration des Etats-Unis à un monde unipolaire soumis à leurs diktats ne fait que croître chaque jour», s'est exclamé un politologue. Au Kremlin même, le chef adjoint de l'administration présidentielle chargé des relations internationales, Sergueï Prikhodko, estimait que «toutes ces campagnes d'espionnite sont des résurgences regrettables de la guerre froide», tandis qu'un «haut fonctionnaire du gouvernement russe» pronostiquait que cette affaire «n'affecterait pas les relations commerciales entre les deux pays».