Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Le président russe Vladimir Poutine (au centre), le ministre de la Défense Sergueï Choïgou (à gauche) et le Directeur de Service fédéral de sécurité de Russie (FSB) Alexander Bortnikov.
© MAXIM SHEMETOV

Russie

Le Kremlin pourchasse la dissidence sur Internet

La publication sur les réseaux sociaux de commentaires allant à l’encontre de l’idéologie officielle a déjà mené des dizaines de Russes en prison.

Plus de deux cents internautes ont été condamnés par la justice russe en 2015, dont 21 à de la prison ferme, vient de dévoiler l’ONG de défense des droits humains russe «Agora». Leur crime? Avoir diffusé des informations à caractère «extrémiste». L’opinion publique n’en a été alertée que ces dernières semaines, alors que les condamnations se sont mises à pleuvoir sur des opposants à l’annexion de la Crimée ou des athées. Dans plusieurs cas, la justice russe a condamné des internautes pour des simples «partages», voire même des «like» sur les réseaux sociaux.

Pour avoir fait campagne sur Internet en faveur de la «fédéralisation du Kouban» (région sud de la Russie), l’enseignante Daria Polioudova a été condamnée le 30 mars à 2 ans de prison, assortie d’une interdiction d’enseigner et de travailler dans les médias.

«Haine pour les Chrétiens»

Le 5 mai, un tribunal de Tver a condamné l’ingénieur Andreï Bubeïev à 2 ans et trois mois de prison pour avoir partagé l’éditorial d’un opposant russe intitulé «Crimée est Ukraine», assorti d’un dessin représentant un tube dentifrice, sur lequel est écrit «expulse la Russie hors de toi».

Le 31 mai, Maxime Kormelitsky, 21 ans, a reçu une peine d’un an et trois mois de prison pour avoir partagé sur un réseau social une image moquant le rituel des orthodoxes pieux se baignant dans l’eau glacée. Un juge de Novossibirsk (Sibérie) a estimé que Kormelitsky a «humilié des croyants», car «il est athée et éprouve de la haine pour les Chrétiens».

«Désormais, les articles punissant l’extrémisme et le séparatisme sont les plus utilisés par les tribunaux pour persécuter les citoyens activistes», note Damir Gainoutdinov, juriste de l’ONG Agora, qui a été dissoute en janvier dernier par le ministère de la justice. «Toute personne en désaccord avec les autorités et prête à défendre ses opinions sur l’Internet peut atterrir au cachot.» Mardi, la Commission Européenne contre le Racisme et l’Intolérance a publié une note critiquant le refus de Moscou de suivre des recommandations faites en 2013 pour clarifier la notion «d’extrémisme».

«Il faut tuer, tuer, tuer…»

Tous les extrémismes ne sont certes pas égaux entre eux. Lorsque l’idéologue Alexandre Douguine, réputé influent parmi les faucons du pouvoir russe, a déclaré dans une vidéo postée sur YouTube à propos des Ukrainiens résistant à Moscou: «il faut tuer, tuer, tuer, plus aucune discussion n’est possible», il n’a pas été poursuivi.

Un avertissement avait été adressé aux internautes le 18 mars, lorsque le responsable de la lutte contre l’extrémisme au parquet de Saint-Pétersbourg, Sergueï Joukovsky, avait déclaré à l’agence Interfax: «Chaque citoyen doit aujourd’hui comprendre qu’un seul acte, un seul commentaire au contenu radical sur l’Internet, et toute son existence peut être ruinée […] avec des tas de conséquences, comme la difficulté de retrouver du travail ou l’opprobre de la société.» Une phrase choc alors passée inaperçue mais qui est désormais citée partout sur la toile russe. Histoire d’intimider encore davantage, la chambre basse du parlement russe a adopté le 13 mai une loi interdisant la sortie du territoire russe aux individus condamnés pour «extrémisme».

Le retour de Dzerjinski

Après ce test sans ambiguïté de l’opinion publique, les autorités ont apparemment décidé qu’il était temps de frapper fort. Le 27 mai, la télévision publique a diffusé les images de l’interpellation musclée, le jour même, d’un énième internaute dissident. On y voit un commando de cinq hommes armés et cagoulés du FSB (sécurité d’Etat) débouler dans l’appartement d’Artiom Tchebotarev, le plaquant brutalement au sol, alors qu’il n’opposait pas de résistance. Comme s’il s’agissait d’un dangereux terroriste. Menotté, le visage collé au plancher, l’internaute s’entend dire par un des agents qu’une enquête criminelle est ouverte contre lui pour avoir posté sur un réseau social «des commentaires au contenu extrémiste». Artiom Tchebotarev, 36 ans, attend désormais son procès. Il est accusé d’avoir incité à la haine contre les Moscovites dans des commentaires sur Internet en utilisant le terme péjoratif «Moskal». Un mot couramment utilisé en Ukraine pour dénigrer les impérialistes russes.

«C’est effrayant, et pas seulement pour la liberté d’expression, estime le journaliste Andreï Babitsky, rédacteur en chef du site internet Inliberty.ru. Les méthodes de la justice, appliquées aux réseaux sociaux, créent un mécanisme idéal la fabrication d’affaires criminelles à partir de rien et sans le moindre effort.»

Une situation qui remet au goût du jour la phrase prononcée il y a près d’un siècle par le fondateur de la police politique soviétique Felix Dzerjinski: «Ne vous vantez pas d’être encore en liberté. C’est juste le signe que nous n’avons pas achevé notre tâche».

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a