Russie

Le Kremlin prie les langues minoritaires de mourir en silence

La fin de l’enseignement obligatoire des idiomes autres que le russe a poussé un professeur à s’immoler par le feu

Le combat s’est achevé dans un tourbillon de flammes. Le 10 septembre dernier, Albert Razin, un docteur en philosophie de 79 ans, s’est immolé par le feu devant le bâtiment du Conseil d’Etat à Ijevsk, une ville située à 1000 kilomètres à l’est de Moscou. Durant l’après-midi, cet ardent défenseur de la langue oudmourte avait passé plusieurs heures au même endroit, brandissant une pancarte où était écrit: «Si ma langue meurt demain, alors je suis prêt à mourir aujourd’hui.» Une citation empruntée à un poète originaire du Caucase, Razoul Gamzatov. Largement ignoré à Moscou, le drame a trouvé un écho à travers la Fédération russe parmi les chefs communautaires tatares, bachkires et d’autres minorités ethniques. Selon un rapport de l’Unesco, la Russie compte une centaine de langages en voie d’extinction, faute d’enseignement. Quatorze ont déjà disparu depuis les années 1950.

Selon les statistiques officielles, l’oudmourte, qui appartient au groupe linguistique finno-ougrien, compte 324 000 locuteurs. Entre 2002 et 2010, le nombre de locuteurs a chuté de 30%. L’année suivante, l’atlas des langues de l’ONU classait l’oudmourte parmi les langues en danger.