Lorsque Vladimir Poutine a amnistié l’ancien milliardaire Mikhaïl Khodorkovski il y a exactement deux ans, c’était pour le placer d’office dans un avion pour Berlin. Mais mercredi, le Kremlin a réclamé son retour dans les cachots russes, où il a déjà passé dix ans. Un mandat d’arrêt international a été déposé par le Comité d’enquête de Russie contre l’opposant russe, qui a résidé près de deux ans en Suisse avant de rejoindre Londres en octobre dernier.

Au début du mois de décembre, ce même comité d’enquête avait notifié que Mikhaïl Khodorkovski était accusé d’avoir commandité deux assassinats. Il s’agit de celui en 1998 du maire de Nefteiougansk, une ville sibérienne clé pour le groupe pétrolier Yukos, alors contrôlé par l’homme d’affaires russe. Mikhaïl Khodorkovski est également accusé d’avoir tenté d’assassiner un autre homme d’affaires, opération qui s’est soldée par la mort d’un garde du corps. «Il est absolument clair pour les enquêteurs que les crimes ont été commis par des mercenaires», a indiqué mercredi le porte-parole du comité d’enquête Vladimir Markin.

Les accusations d’assassinat contre Khodorkovski n’ont rien de nouveau. Le directeur de la sécurité de Yukos Alexeï Pitchouguine purge déjà une peine à perpétuité pour les deux assassinats. La défense de Mikhaïl Khodorkovski considère les deux affaires comme fabriquées et déclare qu’Alexeï Pitchouguine est innocent. Dans la foulée, l’ONG Open Russia, financée à distance par Mikhaïl Khodorkovski, fait l’objet de perquisitions en série, au siège de l’organisation comme aux domiciles de ses employés et activistes.

Faire payer le rebelle Khodorkovski

Pourquoi le Kremlin relance-t-il maintenant la machine judiciaire contre un homme exilé? Un rappel historique s’impose. Plus grande fortune russe au moment de son arrestation musclée en 2003, Mikhaïl Khodorkovski ulcérait Vladimir Poutine par son insubordination et sa persévérance à financer l’opposition russe. Les autres oligarques russes s’étaient déjà alors tous ralliés – volontairement ou par crainte de tout perdre – au maître du Kremlin. Rapidement, l’empire pétrolier Yukos avait été dépecé et nationalisé. D’oligarque, Mikhaïl Khodorkovski est alors devenu à la fois un prisonnier politique, tandis que «l’affaire Yukos» choquait les investisseurs par la brutalité de l’expropriation.

L’affaire Yukos n’est d’ailleurs pas close. Les actionnaires spoliés de Yukos ont obtenu en 2014 d’un tribunal d’arbitrage international néerlandais le versement de 50 milliards de dollars par l’Etat russe, qui bien sûr s’y refuse. Mais une décision de justice française la semaine dernière autorise la saisie de propriété russe, ce qui d’après certains observateurs n’est peut-être pas étranger à la réactivation des poursuites contre Mikhaïl Khodorkovski.

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Les récentes déclarations de l’oligarque devenu opposant n’ont pu que raviver la colère du Kremlin contre lui. Le 9 décembre, Mikhaïl Khodorkovski a déclaré à la presse que la «révolution en Russie est inévitable, notre but est de faire en sorte qu’elle soit pacifique». Or, le changement de régime est la hantise numéro un de l’élite politique russe et de son chef Vladimir Poutine, qui ne cesse d’assimiler l’opposition à un outil des services secrets étrangers.

«Ils sont devenus fous»

Mikhaïl Khodorkovski a réagi sur le site internet d’Open Russia en écrivant à propos des autorités russes: «Ils sont devenus fous.» L’opposant fait référence aux mesures répressives prises par les autorités russes au cours des deux dernières semaines. Un opposant a été condamné à 3 ans de prison simplement pour avoir participé à quatre manifestations interdites (mais pacifiques). Une opposante a écopé de 2 ans de prison mardi pour «extrémisme» consistant à réclamer la paix avec l’Ukraine et une fédéralisation de la Russie. Enfin, le parlement a voté mardi une loi autorisant le FSB (ex-KGB) à tirer sur la foule, femmes et enfants compris.