Dans les allées du pouvoir (2/5)

Le Kremlin, seconde peau de Poutine

La forteresse historique sert de trône et de couronne au président russe: depuis la chute des tsars, elle est devenue un outil de communication à part entière

Cette semaine, «Le Temps» part à la découverte de ces lieux de pouvoir emblématiques où sont prises les grandes décisions d'aujourd'hui.

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Les secrets de la Maison-Blanche

C’est une immense forteresse de forme triangulaire, un symbole de puissance politique et militaire de dimension impériale. A ses pieds, le pyramidal mausolée de Lénine gît modestement. Les tanks paradant tous les 9 mai, effectuant leur demi-tour sur la place Rouge, paraissent des jouets au pied des remparts et des hautes tours, chacune piquée d’une étoile rouge. Par-delà les murs, on aperçoit l’immense coupole coiffant le Palais du Sénat, tel le crâne chauve d’un géant assoupi. A son faîte, un drapeau hissé signale la présence (ou non) du chef de l’Etat. C’est précisément ce bâtiment qui abrite le bureau de Vladimir Poutine, et ceux de ses prédécesseurs.

L’orgueilleux Kremlin semble imprenable, mais les Tatares, les Polonais, Napoléon, puis les bolcheviques en ont pourtant eu raison. Ce sont ces derniers qui vont fermer l’accès du Kremlin, nimbant le pouvoir russe d’une aura de mystère qu’il conserve largement aujourd’hui. Classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1990, le Kremlin n’a cessé d’évoluer au cours de l’histoire, au gré des guerres et des volte-faces idéologiques traversées par le pays. Edifié en plusieurs étapes à partir du XIVe siècle, il juxtapose des styles architecturaux variés (baroque moscovite, ouzorotché, gothique, lombard et néoclassique).

Aujourd’hui, une partie est ouverte aux touristes (les cathédrales, le Palais des armures) et aux mélomanes (le Palais d’Etat du Kremlin). Les trois principaux bâtiments restent inaccessibles: le Palais du Sénat, l’Arsenal (occupé par les services de sécurité du président) et le Grand Palais du Kremlin, servant aux cérémonies officielles. «L’accès au public s’améliore ces dernières années, se réjouit l’historien et journaliste Konstantin Mikhaïlov, auteur du livre Le Kremlin détruit. Mais il n’est pas normal qu’on doive payer pour pénétrer l’enceinte du Kremlin. L’entrée de ce joyau de la nation devrait être libre, comme il l’était avant les bolcheviques.»