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Un membre du Ku Klux Klan lors d'une précédente manifestation à Charlottesville, le 8 juillet dernier. /AP /Steve Helber
© Steve Helber

Etats-Unis

Le Ku Klux Klan n’est pas mort, Charlottesville vient de le prouver

Les événements racistes dans l’Etat de Virginie et la faible condamnation des suprémacistes blancs par Donald Trump remettent le KKK sur le devant de la scène. En perte de vitesse, l’organisation tente de mieux se faire entendre à travers la présidence du républicain

Le Ku Klux Klan (KKK) n’est plus aussi puissant qu’il l’était dans les années 1920, mais il est loin d’être mort. Les récents événements à Charlottesville, dans l’Etat de Virginie, qui se sont soldés samedi par le décès d’une militante antiraciste de 32 ans happée par une voiture meurtrière, viennent de le prouver. Le KKK faisait partie des organisateurs de la manifestation de la droite identitaire et raciste.

Le drame suscite une vive émotion aux Etats-Unis. Une polémique a été déclenchée par la timide condamnation de Donald Trump depuis son lieu de vacances dans le New Jersey. A tel point qu’un porte-parole de la Maison-Blanche a dû préciser dimanche après-midi qu’elle incluait «bien sûr les suprémacistes blancs, le KKK, les néonazis et tous les groupes extrémistes».

Ci-dessous, des images des manifestations dans la nuit de dimanche à lundi à travers le pays, en hommage à la militante antiraciste décédée

Lire aussi: Charlottesville, point de ralliement de l’extrême droite américaine

«Emanant de diverses parties»

Le président américain, accusé de complaisance avec l’extrême droite, avait dans un premier temps condamné l'«énorme démonstration de haine, de sectarisme et de violence émanant de diverses parties». Des propos qui ont choqué le camp démocrate mais également dans les rangs républicains. Sa fille Ivanka Trump a par contre dès le départ condamné avec vigueur les suprémacistes blancs. Hillary Clinton et Barack Obama sont également sortis de leur réserve. Pour l’ancienne rivale de Donald Trump, «chaque minute où nous permettons à cela de se poursuivre par un encouragement tacite ou par inaction est une honte et un danger pour nos valeurs».

Le 8 juillet, le KKK avait déjà organisé un meeting dans la même ville. Une quarantaine de «Loyal White Knights of the Ku Klux Klan» avaient alors défilé, certains en tenue traditionnelle – de longues robes blanches –, face à un millier de militants antiracistes. Des images qui renvoient inévitablement à celles des cérémonies nocturnes avec des croix enflammées et aux scènes de lynchages de Noirs. A Charlottesville, ils avaient l’interdiction de porter leur fameuse cagoule pointue, mais certains ont malgré tout joué la provocation en exhibant des chapeaux blancs avec des lunettes de soleil et des drapeaux confédérés. Ils avaient aussi averti qu’ils viendraient armés, prêts à se défendre si nécessaire.

C’était déjà pour protester contre la décision de retirer d’un jardin public une statue équestre du controversé général sudiste Robert Lee (1807-1870). Robert Lee est l’homme qui a dirigé les troupes confédérées des Etats esclavagistes pendant la guerre de Sécession. Jusqu’alors, Charlottesville ressemblait à une paisible petite bourgade de 50 000 habitants comme une autre. Les ennuis ont débuté en février quand la ville, à majorité démocrate, a voté en faveur du déboulonnement de la statue après de longues controverses. Elle était loin de s’imaginer qu’elle deviendrait la cible de la droite identitaire, dont le KKK.

Entre 5000 et 8000 membres

Désormais composé de plusieurs groupuscules d’extrême droite qui disparaissent parfois aussi vite qu’ils sont apparus, le KKK apparaît divisé, en perte de vitesse et peine à recruter de nouveaux membres sous sa bannière passéiste. Sa principale activité est aujourd’hui la distribution de tracts pour tenter d’enrôler de nouveaux fidèles. Il n’a toutefois pas dit son dernier mot: il s’accroche à la présidence de Donald Trump pour tenter de renaître de ses cendres et se revivifier. Créé en 1865, le groupe a compté environ 4 millions de membres à son apogée, il en aurait aujourd’hui entre 5000 et 8000, selon le Southern Poverty Law Center, un observatoire de l’extrémisme. Le centre évalue par ailleurs le nombre de «groupes de haine» aux Etats-Unis à 917.

Avec Donald Trump, les Etats-Unis assistent à un réveil de l'«Alt-Right», la droite identitaire prônant la suprématie des Blancs, qui cherche parfois à se distancier du KKK dont la réputation renvoie à une violence extrême. Son icône est Richard B. Spencer, un adepte du «nativisme» et d’un «paisible nettoyage ethnique». Cette «Alt-Right» s’infiltre jusque dans la Maison-Blanche, à travers le controversé Stephen Bannon, conseiller stratégique de Donald Trump et ancien responsable de Breitbart News, un site de propagande qui diffuse des thèses complotistes et extrémistes.

David Duke, ancien dirigeant du KKK, avait félicité Donald Trump le jour de son élection. Le président américain a cherché à s’en distancier sans oser condamner publiquement le mouvement. En novembre, son staff a toutefois qualifié un article du journal du KKK, The Crusader, qui faisait l’éloge de son programme, de «repoussant», soulignant que «ses opinions ne représentent pas les dizaines de millions d’Américains unis derrière notre campagne».

David Duke affiche son soutien à Trump

Samedi, David Duke était présent à Charlottesville. Une nouvelle fois, il n’a pas hésité, devant les caméras, à afficher son soutien à Donald Trump, se sentant pousser des ailes depuis son élection. Il a assuré que les manifestants étaient là pour venir faire «ce que Donald Trump a promis durant sa campagne, reprendre le contrôle du pays». Sur Twitter, il n’a pas manqué de hausser un peu le ton à son égard: «Je vous suggère de regarder dans le miroir et de vous souvenir que ce sont les Américains blancs qui vous ont porté à la présidence, pas des radicaux de gauche.»

Début 2016 encore, Donald Trump avait prétendu qu’il ne savait pas qui était David Duke et qu’il ne connaissait rien des suprémacistes blancs. En 2000, pourtant, il l’avait traité de «néonazi». Mais surtout, en 1927, son propre père, Fred Trump, a été arrêté avec six autres personnes lors d’une marche organisée par près d’un millier de membres et sympathisants du KKK dans le Queens, à New York, comme le relate un article du New York Times de l’époque. Il en faisait apparemment partie. Le KKK n’est jamais vraiment bien loin de Donald Trump.

Lire aussi: Quel rôle pour l’extrême droite à la Maison-Blanche?

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