Certains étaient revenus de Hambourg ou de Marseille. Avec les mêmes slogans: pour le «Kurdistan libre» et contre le «fascisme turc». Mais pour le reste, la manifestation qui s'est déroulée hier dans les rues de Rome n'avait plus les mêmes accents qu'au mois de novembre dernier, lorsque des milliers de membres du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) avaient pendant plusieurs jours occupé une place de la capitale italienne. A l'époque, Abdullah Öcalan venait de débarquer en Italie dans l'espoir d'y obtenir l'asile politique. Hier, devant les images d'Öcalan bâillonné devant le drapeau turc, c'est un sentiment de rage mêlé de résignation qui semblait dominer un cortège où moins de 10 000 personnes s'étaient donné rendez-vous.

Libérez Apo!

Aux côtés des militants kurdes, des milliers d'Italiens ont dénoncé «la honte de l'Europe» et exigé la libération immédiate d'«Apo», tandis qu'une délégation de Refondation communiste (dont l'un des parlementaires avait en novembre facilité l'arrivée d'Öcalan dans la péninsule) s'en prenait à l'actuel gouvernement italien: «Les causes pour lesquelles il risque la peine de mort s'appellent liberté, justice et cabinet D'Alema». Un prêtre a également exprimé son indignation en déchirant sa carte d'identité: «Je ne me sens plus Italien, désormais je me sens Kurde», s'est-il exclamé. En tête de la manifestation, le ministre des Affaires régionales Katia Belilo, entourée de représentants du parti communiste d'Italie, écologiste et même de la Ligue du Nord, a vigoureusement rejeté le soupçon selon lequel le gouvernement aurait causé la perte d'Öcalan en le poussant au départ d'Italie: «Nous sommes le seul pays européen où un ministre de la République (le ministre de la Justice Oliviero Diliberto, n.d.l.r.) est actuellement poursuivi en justice parce que suspecté d'avoir aidé Abdullah Öcalan».

Les Kurdes, eux, ont préféré ne pas rentrer dans la polémique. «Les Italiens ont fait bien davantage que tous les autres, même s'ils auraient pu en faire un peu plus», a résumé un porte-parole du PKK préférant s'en prendre au «complot des Etats-Unis et d'Israël» qui auraient facilité la capture de leur leader. Hier, les militants voulaient encore espérer que la justice italienne accorderait l'asile politique à Öcalan. Une telle décision estiment-ils obligerait l'Europe à faire davantage pression sur Ankara pour obtenir la libération d'Apo. Mais le tribunal de Rome a une nouvelle fois renvoyé l'examen du dossier, au 22 mars prochain.