Syrie

Les Kurdes mettent en scène des femmes pour libérer Raqqa

Avec le soutien des Etats-Unis, les forces kurdes ont annoncé une offensive pour isoler la capitale de l’Etat islamique en Syrie. Une opération qui s’annonce compliquée

Tout un symbole. C’est une femme qui a annoncé dimanche l’offensive des forces arabo-kurdes sur Raqqa, la capitale de l’Etat islamique (Daech) en Syrie. «La grande bataille pour la libération de Raqqa et de sa province a commencé», a annoncé la porte-parole de l’offensive Jihan Cheikh Ahmad, à Aïn Issa, située à une cinquantaine de kilomètres au nord de Raqqa.

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A ses côtés, Rojda Felat, présentée comme la commandante de cette offensive. Cette trentenaire s’est illustrée dans d’autres batailles contre Daech. Elle a déclaré vouloir mettre fin «à l’asservissement des femmes par Daech». Des milliers de combattantes kurdes ont pris les armes. Elles assurent que le pire cauchemar des djihadistes est d’être tué par l’une d’elles, car ils n’iraient ainsi pas au paradis.

Encercler Raqqa

Les Kurdes jouent une nouvelle carte importante sur le chemin de la reconnaissance. Cette minorité en Syrie formera le gros des forces qui se lanceront à l’assaut de Raqqa et de sa province. Les forces démocratiques syriennes (FDS), alliés clefs de Washington en Syrie contre Daech, revendiquent 30 000 combattants, dont une minorité d’Arabes. Cette participation a son importance, puisque la ville est peuplée majoritairement de sunnites, qui risquent de voir les Kurdes comme des envahisseurs.

Les FDS auront toutefois de la peine à venir à bout seules des djihadistes. Le plan est d’encercler Raqqa, avant de libérer cette dernière, a expliqué un responsable américain à l’AFP. Les Etats-Unis, qui dirige la coalition internationale contre Daech, fourniront la couverture aérienne à cette opération. Des conseillers militaires américains sont également au sol pour encadrer les opérations.

Ménager la Turquie

Mais Washington doit ménager les susceptibilités de son allié turc. La Turquie mène sa propre guerre en Syrie, pour sécuriser sa frontière contre Daech mais aussi contre les Kurdes. Ces derniers craignaient de s’engager dans la bataille de Raqqa, de peur que la Turquie les «poignarde dans le dos». Les FDS affirment être parvenus à un accord avec Washington pour que l’armée turque et les rebelles syriens soutenus par Ankara soient écartés de l’offensive. Le chef d’état major inter-armées américain Joseph Dunford était justement dimanche à Ankara pour rencontrer son homologue turc. La Turquie considère les forces kurdes de Syrie comme des «terroristes» affiliés au Parti des travailleurs du Kurdistan, l’organisation séparatiste kurde en Turquie.

Ankara acceptera-t-elle sagement d’être reléguée dans cette nouvelle bataille cruciale? Le président Erdogan réclame aussi en vain un rôle dans la reconquête de Mossoul. Les forces irakiennes, qui sont entrées la semaine dernière dans la ville, rencontrent une résistance farouche des djihadistes. Les unités spéciales avancent pas à pas dans l’est de Mossoul, alors que Daech a revendiqué dimanche deux attentats-suicides qui ont fait au moins 25 morts à Tikrit et Samarra, dans le nord l’Irak.

Pas de collaboration avec Damas

Le régime syrien et son allié russe ne prendront pas non plus part à l’offensive contre Raqqa. La ville avait été la première capitale provinciale perdue par le président Bachar el-Assad en 2013. Les rebelles qui l’avaient conquise ont ensuite été évincés par les djihadistes de ce qui allait devenir l’Etat islamique.

Cette obscure ville de province située sur l’Euphrate est devenue la capitale administrative du califat proclamé à Mossoul par Abou Bakr al-Bagdhadi, le chef de Daech. Inlassablement bombardée par la coalition internationale, elle est le théâtre des pires atrocités commises par Daech: décapitations, lapidations, crucifixions ou vente d’esclaves. De nombreux djihadistes étrangers s’y sont installés avec leurs familles. C’est aussi à Raqqa qu’auraient été planifiés les pires attentats commis en Europe, comme celui du 13 novembre 2015 à Paris.

Un combat extrêmement complexe

L’offensive vise donc à empêcher une réorganisation de Daech en Syrie, alors que le mouvement est acculé en Irak. Plusieurs pays de la coalition soulignaient ces dernières semaines que la prise de Mossoul serait inutile sans avancée vers Raqqa. Moscou accusait carrément les Occidentaux de vouloir permettre aux djihadistes de se retirer vers la Syrie. «La bataille de Raqqa ne sera pas facile», a estimé le ministre de la Défense américain Ashton Carter. Vu la résistance des djihadistes à Mossoul et les arrière-pensées des acteurs impliqués ou écartés de cette offensive, c’est un euphémisme.


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