La Turquie est désormais directement en guerre en Syrie. Elle a continué lundi, pour la troisième journée, à pilonner les positions kurdes. Le message d’Ankara est clair: les Kurdes doivent se retirer des zones qu’ils ont récemment conquises au détriment de groupes rebelles dont certains, ceux que l’on appelle les modérés, sont soutenus par la communauté internationale. Mais les combattants kurdes des Unités de protection du peuple (YPG) n’entendent pas se replier, ont-ils annoncé lundi, ce qui pourrait provoquer une conflagration majeure avec la Turquie. A la faveur des bombardements russes et de l’offensive gouvernementale sur Alep, ils ont consolidé leurs gains territoriaux et avancent vers la banlieue de Tal Rifaat à quelques kilomètres au nord d’Alep.

Les YPG, le bras armé du Parti de l’union démocratique (PYD), contrôlent la plus grande partie de la frontière entre la Turquie et la Syrie. Après avoir subi des défaites sous les assauts des djihadistes de l’Etat islamique (EI), les miliciens kurdes ont, ces derniers mois, accumulé les victoires. D’abord à Kobané, grâce à l’aide aérienne apportée par la coalition contre l’EI menée par les Etats-Unis. Ensuite, depuis quelques semaines, les YPG ont bénéficié des bombardements russes perpétrés contre les autres groupes rebelles, notamment contre ceux soutenus par la Turquie, dans la région d’Idlib et au nord d’Alep. Cette alliance de circonstance a permis aux Kurdes de sortir de leurs sanctuaires historiques – Afrin, une poche kurde à la frontière turque, le nord-est syrien où les Kurdes sont majoritaires, ainsi que plusieurs localités sur la frontière – pour faire main basse sur des zones arabes sunnites. Une ligne rouge pour Ankara qui avait averti qu’un franchissement de l’Euphrate vers l’ouest constituerait un casus belli.

Pour la Turquie le PYD est à mettre au rang des organisations terroristes au même titre que le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Une position que ne partagent pas les Etats-Unis et leurs alliés européens qui, s’ils ont mis le PKK sur leurs listes noires, ont fait en revanche du PYD et des YPG leurs principaux alliés dans la lutte contre l’EI. Le gouvernement turc reproche en outre aux combattants kurdes de faire le jeu des Russes et de Bachar el-Assad. Les Kurdes démentent toute alliance avec le régime de Damas et prétendent se défendre et lutter contre l’ÉI, leur ennemi juré depuis qu’ä Kobané des centaines de combattants kurdes ont été massacrés. Le chef du PYD l’affirme: «Nous nous défendons et pour cela nous devons neutraliser l’EI là où il nous menace. Et dans cette lutte contre les djihadistes nous avons le soutien de la communauté internationale».

Les combattants kurdes à la manœuvre dans les régions d’Alep et d’Idlib font partie d’une coalition, les Forces démocratiques syriennes, créée en octobre 2015 et voulue par les Etats-Unis et qui inclut quelques milices chrétiennes et arabes sunnites. Le porte-parole de cette alliance hétéroclite où les YPG sont ultra-majoritaires et constituent la principale force de frappe revendique le droit de combattre les djihadistes et de couper leurs routes de ravitaillement: «Nous avançons malgré les tirs de mortier turcs et nous avons pris la gare ferroviaire de Tal Rifaat. Nous avons tué des douzaines de djihadistes de Jabhat al-Nosra et d’Ahrar al-Sham. Et nous contrattaquerons si les Turcs continuent à nous viser.» Pour stopper les progressions des Kurdes et pour renverser la donne militaire en faveur des rebelles qu’il soutient, le gouvernement turc n’a d’autre option que d’envoyer des troupes au sol.