elysée 2012

L’abécédaire de l’entre-deux-tours

Ils auront marqué de leur frappe le vocabulaire de l’entre-deux-tours: voici l’abécédaire indispensable pour s’y retrouver

A comme «anaphore». C’est la formule de François Hollande qui a fait mouche lors du débat télévisé, mercredi soir. Il a répété seize fois: «Moi, président, je…». Une façon de poser sa stature présidentielle.

B comme Bastille. C’est là que se retrouvera la gauche ce soir en cas de victoire de François Hollande. Comme le 10 mai 1981, lors de la victoire de François Mitterrand, il pourrait y pleuvoir…

C comme centre. François Bayrou, le président du Modem, a tranché. Il votera à titre personnel pour François Hollande. Une décision qui a fait hurler à droite.

D comme DSK. L’ex-directeur général du FMI a semé la zizanie dans la campagne de la gauche samedi dernier. Par sa présence à l’anniversaire du député Julien Dray dans un bar branché (le «J’ose») du quartier chaud de la rue Saint-Denis à Paris, il a fait fuir une partie des convives, dont Ségolène Royal. Deux proches de François Hollande, son directeur de communication Manuel Valls et son directeur de campagne, Pierre Moscovici, ont été piégés par sa présence.

E comme excès. Nicolas Sarkozy a utilisé des arguments qui se sont retournés contre lui. Il a fait valoir que 700 mosquées avaient appelé à voter pour François Hollande et que l’intellectuel controversé Tariq Ramadan le soutenait. Deux informations démenties.

F comme FN. Avec ses 18% de voix, soit 6,4 millions d’électeurs au premier tour, Marine Le Pen a été au centre de cet entre-deux-tours. Chacun, à gauche comme à droite, s’adressant différemment à son électorat. Nicolas Sarkozy en utilisant le langage du Front national et en brandissant comme un épouvantail le droit de vote des étrangers aux élections locales en cas de victoire de la gauche, François Hollande en cherchant à adresser un message plus «social» à cet électorat qui comprend de nombreux ouvriers.

G comme gourou. Patrick Buisson, l’ultra-droitier conseiller de Nicolas Sarkozy, ancien journaliste à l’organe d’extrême droite «Minute», a été au cœur de cet entre-deux-tours. Nul doute que son influence et sa stratégie seront sur la sellette dès ce soir en cas de défaite de la droite.

H comme hystérie. C’est le mot utilisé par Dominique de Villepin pour évoquer le climat qui s’est emparé de cet entre-deux-tours. Il s’est dit effrayé par l’attitude de la droite mais n’a pas dit pour qui il avait voté à titre personnel.

I comme injures. Le climat a été très électrique. Notamment lors du débat télévisé où Nicolas Sarkozy a traité son adversaire de «petit calomniateur» et de «Ponce Pilate».

J comme Jospin. L’ancien candidat socialiste de 2002 a réapparu! On l’a vu au quartier général de François Hollande venu chercher les «éléments de langage» à diffuser dans les médias. Il a aussi participé à l’un des derniers meetings de François Hollande, à Toulouse.

K comme Kadhafi. L’ancien dictateur libyen a-t-il financé la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy? C’est ce qu’a affirmé Mediapart le week-end dernier. Le candidat-président a démenti.

L comme lapsus. La langue du ministre de la Défense a fourché cette semaine. «Nous, au Front national…», a lâché Gérard Longuet, qui a lui-même entamé sa carrière à l’extrême-droite. Polémique assurée.

M comme médias. Ils ont été pris à partie. Plusieurs journalistes se sont fait agresser dans des meetings de l’UMP, accusés de faire le jeu de la gauche en se basant uniquement sur les sondages.

N comme NKM. C’est à Longjumeau, dans la ville de sa porte-parole, Nathalie Kosciusko Morizet, que Nicolas Sarkozy a dit que Marine Le Pen était «compatible avec la république». NKM a-t-elle apprécié? Elle est elle-même l’auteur d’un livre au titre clair: «Le Front anti-national».

O comme oral. Beaucoup croyaient que l’ogre mangerait le Petit Poucet. Il n’en a rien été. Une majorité de Français considère que c’est Hollande qui a remporté l’exercice du débat télévisé. Dix-huit millions de Français étaient devant leur poste…

P comme Pétain. Le journal «L’Humanité» a mis en «une» les photos du Maréchal Pétain et de Nicolas Sarkozy. Celui-ci venait d’inviter à un rassemblement pour le «vrai travail» le 1er mai.

Q comme «quitter la politique». En cas de défaite, Nicolas Sarkozy a dit plusieurs fois qu’il quitterait la politique. «Vous me voyez animer une section locale de l’UMP?»

R comme «rottweiler». C’est le surnom donné à la compagne de François Hollande (Valérie Trierweiler) par le député UMP Lionnel Luca. Nicolas Sarkozy s’est excusé pour lui. «Je n’aurais pas aimé que l’on fasse ça à Carla».

S comme surprise. Y en aura-t-il une, ce soir? Nicolas Sarkozy promet des résultats ultra-serrés. Et une immense surprise. Impossible n’est pas Sarkozy…

T comme Trocadéro. Le rassemblement du 1er mai restera comme un temps fort dans la campagne du candidat-président. Il y a compté 200.000 personnes. Impossible à vérifier. Mais la foule était de fait impressionnante. Un baroud d’honneur?

U comme ultime. François Hollande a passé son ultime samedi de campagne en Corrèze où il a pris un bain de foule sur le marché. Nicolas Sarkozy est resté à Paris.

V comme «vrai travail». L’expression, utilisée par Nicolas Sarkozy, a mis les syndicats en pétard et pas qu’eux. Au point que François Fillon a dû appeler à l’apaisement. Pas d’attaques contre les syndicats, a dû lancer le 1er ministre, en rappelant que ces corps intermédiaires sont indispensables à la démocratie.

W comme wagon. François Hollande a assuré qu’une fois élu, il prendrait le train le plus souvent possible… Le défi ne serait pas mince. Même un «président normal» doit s’entourer d’un service de sécurité strict.

X comme xénophobie. Le Front national reste-t-il un parti xénophobe? Gageons qu’à la droite de la droite, certains en cas de défaite de Nicolas Sarkozy, vont poser la question dès ce dimanche soir ou ce lundi. Objectif: prétendre que la nouvelle boutique n’a plus les oripeaux sulfureux du FN de Jean-Marie Le Pen. Objectif: nouer des alliances en vue des législatives de juin pour tenter de ne pas perdre leur siège de député.

Y comme «yeti». C’est le surnom donné à Marine Le Pen par Jean-Luc Mélenchon. Plutôt que d’insulter la présidente du Front national, il ferait mieux de mobiliser ses troupes, estiment certains au PS. Selon les sondages, les reports des «mélenchonnistes» sont en effet moins bons dans la dernière ligne droite qu’ils ne l’étaient au soir du premier tour. Explication: les électeurs du Front de gauche ne se reconnaissent pas dans les thématiques ultra-droitières de l’entre-deux-tours.

Z comme zèle. Beaucoup à droite ont été loyaux jusqu’au bout à Nicolas Sarkozy, même si certains susurraient qu’il aurait dû faire un recentrage plutôt que de placer la barre «à droite toute». Dès ce dimanche soir en cas de défaite, les langues vont se délier et les règlements de comptes aller bon train…

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