Laborieuses négociations sur la Libye à Genève

Monde arabe L’ONU élargit les discussions

Les dignitaires libyens arrivent à l’ONU au compte-gouttes. Certains en habits traditionnels bédouins malgré le froid mordant. Téléphone vissé à l’oreille, les membres de la mission des Nations unies en Libye (Unsmil) tentent d’aplanir les ultimes différends. Les négociations de paix sur la Libye ont finalement repris mercredi soir à Genève, au lendemain de l’attaque contre l’Hôtel Corinthia, à Tripoli. Fréquenté par les diplomates, le ­5-étoiles était censé être le lieu le plus sûr du pays.

Revendiqué par l’Etat islamique en Libye, l’assaut, qui a fait neuf morts, dont cinq étrangers, a été condamné par les négociateurs libyens présents à Genève. C’est l’un de leurs rares points de convergence. La réunion d’hier a commencé avec quatre heures de retard, le temps que les participants se mettent d’accord sur leur présence autour de la table.

En l’absence de gouvernement central, Benghazi ou Misrata ont gagné en autonomie et le pays s’est davantage délité. Depuis l’été, la Libye a deux parlements, l’un reconnu par la communauté internationale basé à Tobrouk (est), l’autre à Tripoli dominé par les milices islamistes qui ont pris la capitale.

«L’idée de la réunion était d’entendre les représentants des villes pour comprendre leurs besoins, notamment en matière d’aide humanitaire», explique l’un des 17 négociateurs libyens. «Il s’agit de personnalités relativement indépendantes», décrypte un observateur du chaos libyen. «En revanche, les deux principales factions en conflit, les forces du général Khalifa Haftar et les milices islamistes de la coalition L’Aube libyenne, les seules à même de décider et de faire respecter un cessez-le-feu, ne participent pas aux négociations.»

«Crimes de guerre»

D’ici à la fin de la semaine, l’ONU espère intégrer les groupes armés aux discussions. A moins que la suite des pourparlers ne se tienne en Libye. C’est le vœu des Libyens. Mais cette perspective s’est encore davantage éloignée après l’attentat du Corinthia. Les représentants des groupes armés viendront-ils à Genève?

Rien n’est moins sûr. Hier, Amnesty International a fait monter les enchères. L’organisation de défense des droits de l’homme a appelé la communauté internationale à sanctionner les milices coupables de «crimes de guerre». L’ONG désigne le général Haftar et les milices islamistes qui se disputent le contrôle de Benghazi. La ville, berceau du soulèvement contre Kadhafi, est soumise à une vague d’enlèvements et d’exécutions sommaires, accuse Amnesty, qui recommande de saisir la Cour pénale internationale.