Où est Hillary Clinton? «Elle travaille à la maison», répondent invariablement ces jours les porte-parole du Département d’Etat. La cheffe de la diplomatie américaine ne suivra pas Barack Obama dans sa cinquième tournée à l’étranger, qui doit le conduire en Russie, en Italie et au Ghana. Elle est en convalescence. La faute à la fracture du coude qui reste «douloureuse» après sa chute dans le parking du bâtiment du Département d’Etat, le 17 juin dernier? Ou le signe d’un début de rupture entre les deux anciens rivaux démocrates, comme s’empressent de le déclamer les républicains?

Hillary Clinton n’en fait pas mystère: la Russie revêt pour elle une importance particulière. En mars dernier, à Genève, la secrétaire d’Etat s’était montrée ravie lors de sa rencontre avec son homologue russe Sergueï Lavrov, au moment de lui offrir un bouton rouge, censé représenter le «redémarrage» symbolique de la relation américano-russe. Depuis lors, le Département d’Etat a activement préparé la visite du chef de la Maison-Blanche visant à jeter les bases de ce nouveau départ. Mais Clinton regardera ces moments historiques à la télévision.

Partage des rôles exemplaire ou preuve de rififi au sommet? Au cours de ces derniers mois, l’ancienne prétendante à la présidence a semblé jouer son rôle à la perfection: sans jamais se soucier d’apparaître au premier plan, elle a constamment utilisé son poste pour mettre en valeur les politiques suivies par son ancien rival. Ce week-end encore, émettant ses vœux aux Américains pour la fête du 4 juillet, elle citait le discours du Caire du président pour souligner le fait que l’Amérique partage ses valeurs de tolérance et de justice avec le reste du monde.

Pareille déférence est presque suspecte. Ces dernières semaines, des fuites anonymes dans la presse américaine faisaient état de profondes dissensions entre les deux responsables à propos de l’Iran. Hillary Clinton aurait trouvé la position de son chef trop conciliante à l’égard du régime de Téhéran. Elle l’aurait fait savoir, réussissant progressivement à infléchir le ton du discours d’Obama sur son appui aux manifestants. Une inflexion, au demeurant, que Barack Obama n’a pas reconnue, et dont il n’a, a fortiori, pas attribué le mérite à sa secrétaire d’Etat.

Les différends ne s’arrêteraient pas là. Flanquée d’une série d’«envoyés spéciaux» de haut calibre (pour le Proche-Orient, l’Afghanistan, l’Iran…) la secrétaire d’Etat se sentirait sous-utilisée. Susan Rice, la représentante américaine aux Nations unies a pratiquement le statut de membre du gouvernement, dépouillant encore Clinton d’une partie de ses prérogatives. Enfin, c’est le vice-président Joe Biden qui a passé l’Independence Day à Bagdad, aux côtés des troupes américaines. Hillary Clinton «travaillait à la maison».

Devenue une figure centrale des républicains depuis qu’elle a pris un peu partout la défense de son père, Liz Cheney se plaisait à remarquer cet «effacement inhabituel»: «Nos alliés, les gouvernements étrangers, nos partenaires aux Nations unies ne savent plus à qui s’adresser lorsqu’ils veulent influencer notre politique», expliquait la fille de l’ancien vice-président Dick Cheney, elle-même ex-responsable au Département d’Etat.

Hillary Clinton préparerait-elle un «come back» politique? S’apprêterait-elle à abandonner le Département d’Etat pour briguer le poste de gouverneur de New York? Prompts à explorer toutes les pistes, les commentateurs de Washington ont déjà commencé à faire le décompte: Barack Obama, notent-ils, a bien davantage besoin de Clinton que l’inverse. Alors que la situation économique continue de se détériorer et alors que le prochain gros chantier du président, l’assurance santé, nécessitera de réunir toutes les forces disponibles, Hillary Clinton dispose de relais au sein de la base du parti démocrate qui font défaut au jeune président.

Dans l’immédiat, pourtant, le porte-parole de Clinton, Ian Kelly, écartait ces spéculations comme un pur «non-sens». «La secrétaire d’Etat est très engagée dans ce qu’elle fait. Elle voit le président chaque semaine et lui parle souvent.» Quant à son absence à bord de l’Air Force One: «Il n’a jamais été nécessairement question qu’elle aille à Moscou. Elle a appelé le ministre russe Sergeï Lavrov pour lui dire qu’elle ne serait pas là. Et qu’elle se réjouissait de le revoir bientôt.»