Elle attendait cette «rupture» venue d’outre-Atlantique. Mercredi après-midi au siège du Front national à Nanterre, Marine Le Pen est radieuse. La candidate déclarée à l’Elysée félicite de nouveau le futur président américain, qu’elle a été l’une des premières à congratuler aux aurores, en saluant via Twitter «le peuple américain libre!». «L’élection de Donald Trump est une bonne nouvelle pour la France», poursuit la présidente du FN qui, à plusieurs reprises, avait publiquement soutenu le milliardaire. Son père Jean-Marie Le Pen y est aussi allé de ses félicitations.

Pour l’extrême droite française, l’exemple est idéal: le futur locataire de la Maison-Blanche a tout misé sur la sécurité, la lutte contre l’immigration, le protectionnisme et la défense des «petits blancs» face à la mondialisation, tout en préconisant des compromis avec la Russie. Un modèle presque parfait, sauf sur le plan économique vu le libéralisme débridé et l’anti-étatisme de Donald Trump: «Il a ses outrances, sa manière. L’Amérique n’est pas la France, nuance Florian Philippot, vice-président du FN, interrogé par Le Temps. Mais notre objectif est le même: remettre le peuple au centre du débat et des priorités.»

Au niveau européen, l’effet Trump sera vite testé dans les urnes. Le 4 décembre, deux scrutins permettront de voir si la colère l’emporte aussi sur le Vieux Continent: l’élection du président autrichien – lors de laquelle le candidat nationaliste Norbert Hofer espère prendre sa revanche sur l’indépendant-écologiste Alexander Van der Bellen – et le référendum italien sur la réforme constitutionnelle, dont le Mouvement 5 étoiles (populiste) espère profiter pour déstabiliser le premier ministre Matteo Renzi.

Division au sein de l’UE

Mais c’est en France, puis en Allemagne, que l’impact se mesurera le plus. Coté français, outre Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy a depuis son entrée en campagne pour la primaire à droite tout misé sur la colère anti-élites qu’il compte exploiter contre son rival Alain Juppé, favori pour la présidentielle de mai 2017 et incarnation des élites. En Allemagne, le parti anti-musulman Pegida et le parti d’extrême droite AfD sont désormais encouragés par la victoire de Trump à accroître leur confrontation avec Angela Merkel sur les migrants, en vue de durcir le climat politique d’ici aux législatives d’octobre 2017.

Au-delà des cas nationaux, le plus inquiétant est la division que Donald Trump pourrait semer au sein de l’Union européenne. A Bruxelles où le président de la Commission Jean-Claude Juncker espérait ouvertement une victoire d’Hillary Clinton, beaucoup s’inquiètent de ce deuxième choc après celui du Brexit, et redoutent de voir un axe anti-UE s’installer entre Washington et Londres… et les pays d’Europe centrale dirigés par la droite dure, comme la Hongrie ou la Pologne. Point important toutefois: la posture pro-russe de Trump n’est pas du goût de Varsovie et la guerre en Ukraine demeure un abcès.

Autre point: la brèche ouverte par Trump contre l’establishment peut aussi profiter à d’autres candidats de rupture, même s’ils ne lui ressemblent guère. A Paris, l’ancien ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, s’est fendu d’un communiqué intitulé: «Rien n’est jamais écrit à l’avance…»