CICR

L'accord controversé entre Chine Nouvelle et le CICR

En septembre 2015, le CICR a signé discrètement un protocole d’accord avec l’agence officielle chinoise Xinhua. Un acte qui choque, alors que l’institution genevoise n’a toujours pas accès aux détenus dans les prisons chinoises

La Chine est un autre sujet de controverse au CICR. En septembre 2015, Peter Maurer signe un protocole d’accord avec l’agence de presse chinoise Xinhua (Chine Nouvelle). Ce partenariat a vite fait bondir Alain Modoux, ex-responsable de la communication au CICR pendant dix-neuf ans: «Cet accord défie toutes les règles de la profession, qui veulent qu’on ne privilégie pas un média au détriment des autres.»

Il n’est pas le seul à être surpris. Des anciens et des collaborateurs toujours en fonction s’étonnent que le CICR conclue un contrat dans le domaine de l’information avec l’agence officielle qui répercute fidèlement la vision du monde du pouvoir chinois. On craint là aussi pour la neutralité du CICR. Xinhua se trouvant dans nombre de pays d’Afrique où d’autres médias sont absents, on peut concevoir que le CICR, très présent sur le continent africain, y voie un intérêt communicationnel.

Dialogue stratégique avec Pékin

Mais si Pékin manifeste un intérêt accru pour le droit humanitaire, le CICR n’a pu visiter pour l’heure aucun détenu dans les prisons chinoises. La Chine a un bilan médiocre en matière de droits de l’homme, qui reflète difficilement les valeurs du CICR. L’accord avec Chine Nouvelle, qui aurait dû rester confidentiel, prévoit que le CICR mette à disposition ses responsables pour des interviews sur des sujets humanitaires couverts par Xinhua. L’agence doit aussi mettre l’infrastructure médiatique à disposition du CICR pour des événements qu’il tient en Chine et ailleurs. Les deux parties visent aussi à créer un prix humanitaire pour honorer des journalistes et médias qui parlent des conséquences humanitaires de la guerre.

L’accord a été conclu avant l’arrivée de l’envoyé spécial de Peter Maurer pour la Chine, Jacques Pellet, dont la mission est d’établir un dialogue stratégique avec Pékin sur des théâtres d’opération communs (comme au Mali où le CICR est présent et où la Chine a plusieurs centaines de Casques bleus), le recrutement de personnel chinois et les possibilités que la Chine contribue au budget de l’organisation. La Chine, précise-t-on au siège de l’institution, est devenue un acteur incontournable avec lequel il est indispensable de traiter.

Malaise palpable

L’ancien journaliste, et aujourd’hui directeur général du CICR, Yves Daccord peine à cacher le malaise. Mais il justifie l’accord: «Si Xinhua promeut davantage le droit international humanitaire, cela sert notre intérêt.» Il précise que le CICR a aussi conclu des partenariats avec la BBC et Al-Jazira et plus récemment avec le média américain Vox pour créer une vidéo expliquant les «paradoxes du futur champ de bataille» en lien avec les armes autonomes.

L’ex-vice-présidente du CICR Christine Beerli semble avoir reconnu que le protocole d’accord était une erreur lors d’une réunion avec les anciens en février 2017. D’autres ont aussi manifesté leur scepticisme quant à la présence sur la place Tiananmen de Peter Maurer en septembre 2015 au défilé militaire commémorant la fin de la Seconde Guerre mondiale, largement boycotté par les dirigeants occidentaux.

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