L’administration Trump n’entend pas lâcher l’os iranien de sitôt. Au Conseil de sécurité de l’ONU, à New York, règne ces jours une ambiance de branle-bas de combat, tant les Etats-Unis font pression tous azimuts. L’objectif: obtenir l’imposition de toute une série de sanctions contre l’Iran ou, à tout le moins, le renouvellement de l’embargo sur les armes conventionnelles à destination de ce pays, qui doit en principe prendre fin en octobre prochain.

Ce n’est pas tout: Washington vient aussi d’abandonner une série d’exceptions prévues dans l’accord sur le nucléaire iranien (le JCPOA, dont les Etats-Unis se sont retirés en 2018). Ces mesures permettaient à la Chine, à la Russie et aux Européens de collaborer avec l’Iran en matière de nucléaire civil, afin de mieux contrôler son programme nucléaire. En un mot, les Etats-Unis se donnent les moyens de sanctionner plus lourdement encore les pays qui continuent d’appliquer les clauses de l’accord annoncé à Vienne en 2015, et dans lequel l’administration de Barack Obama s’était beaucoup engagée.

Les dirigeants iraniens sont très pragmatiques […]. Ils attendront novembre

Thierry Coville, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS)

«La manœuvre est claire. L’administration Trump cherche à faire sortir l’Iran de l’accord avant les élections [américaines] de novembre, quoi qu’il en coûte, note le spécialiste de l’Iran Thierry Coville, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Mais jusqu’ici, cela n’a pas fonctionné.» Malgré les tensions, les autorités de Téhéran donnent tous les signes de vouloir continuer à s’en tenir à cet accord. Avec des nuances: dans ses derniers rapports, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) constate notamment que l’Iran continue de produire de l’uranium faiblement enrichi, même s’il est encore très loin d’atteindre le seuil d’enrichissement qui lui permettrait de fabriquer une bombe nucléaire.

La stratégie de Trump finira-t-elle par payer, rendant finalement responsable l’Iran de tuer un accord qu’il a lui-même rendu inopérant? Ces jours, Téhéran menace tout de go de déchirer le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) si l’embargo sur les armes devait être prolongé, ce qui lui ouvrirait la voie à la bombe nucléaire. Thierry Coville peine à le croire: «Les dirigeants iraniens sont très pragmatiques, même les plus durs d’entre eux. Ils savent où sont leurs intérêts. Ils attendront novembre et, en cas de victoire des démocrates, ils seront sans doute prêts à reparler aux Américains, même s’ils doivent venir avec un couteau entre les dents.»

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Revenir d’abord à l’accord original avant de le consolider

De fait, Donald Trump lui-même est parfaitement conscient de ce calcul iranien. «N’attendez pas les élections américaines pour faire le grand marché. Je vais gagner. Vous ferez un meilleur deal maintenant», tweetait-il la semaine dernière. En creux, voici posée la question qui agite les esprits, à Washington et à Téhéran, mais aussi à Paris ou à Bruxelles: en cas de victoire démocrate en novembre, les Etats-Unis pourraient-ils réintégrer le JCPOA et renouer avec une «normalisation» de l’Iran, brutalement arrêtée par Trump?

Joe Biden a toujours défendu cette position. Mais, la campagne électorale avançant, le candidat démocrate s’est aussi dit favorable à l’idée de «renégocier» les termes de l’accord. Une confusion qu’il a été obligé de lever: il s’agira, a précisé récemment son conseiller Antony Blinken, de revenir d’abord à l’accord original, avant de chercher à l’améliorer en le rendant «plus durable et plus solide».

Les conséquences d'une obsession

Ce «retour à la case départ» s’apparente en réalité à un vœu pieux. Car l’obsession mise par l’administration Trump à faire de l’Iran le mal absolu risque fort de laisser des traces. L’année dernière, Washington plaçait les Gardiens de la révolution iraniens (les pasdarans) sur la liste des organisations terroristes. Quelques mois plus tard, les Etats-Unis tuaient son chef charismatique, Qassem Soleimani. La liste des personnes et des entreprises iraniennes frappées par les sanctions américaines est aujourd’hui longue comme le bras.

Dernier exemple en date du durcissement à l’œuvre: la volonté américaine de prolonger l’embargo des armes contre Téhéran a reçu le soutien de 90% des membres de la Chambre des représentants à Washington, républicains et démocrates confondus. «Les sanctions produisent d’excellents résultats, résume Brian Hooks, le responsable de l’Iran au Département d’Etat américain. Bientôt, il ne restera plus une miette du JCPOA.»