Elles avaient été au centre d’intenses négociations sur les bords du lac Léman entre 2013 et 2015. Les centrifugeuses iraniennes, indispensables pour enrichir le combustible nucléaire, avaient vu leur nombre limité à 5060 – près de quatre fois moins que ce que possédait alors la République islamique. Dimanche soir, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a annoncé que son pays ne respecterait plus cet engagement.

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La décision porte un nouveau coup de canif à un texte – le Plan d’action global commun (JCPOA en anglais) – déjà bien malmené. Dénoncé par Donald Trump en 2018, il ne survivait depuis que grâce à l’engagement de façade des autres signataires (France, Royaume-Uni, Allemagne, Chine et Russie) et malgré le retrait progressif de Téhéran. Une nouvelle étape de ce désengagement était prévue en début de semaine, et la mort vendredi du major général Qassem Soleimani dans une frappe américaine à Bagdad ne pouvait que mettre un peu plus en péril le JCPOA. Pour autant, la décision iranienne de ne plus limiter le nombre de ses centrifugeuses ne signifie pas la mort immédiate de l’accord.

Inspections de l’AIEA maintenues

Première raison – cruciale – de ne pas l’enterrer trop vite: Téhéran ne dénonce pas le traité, précise que ses mesures sont réversibles et ne met pas fin aux visites des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Sur son blog, l’ancien ambassadeur français Michel Duclos, aujourd’hui conseiller spécial à l’Institut Montaigne, interprète cette prudence par la volonté iranienne de «se ménager une ultime passerelle avec les Européens». Mais le diplomate nuance: «Il devient de plus en plus difficile pour ceux-ci d’entretenir la fiction selon laquelle [l’accord] peut encore être sauvé.»

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Seconde raison d’espérer la survie du traité: la République islamique aurait pu annoncer un enrichissement de son uranium bien au-delà du taux de 3,67% prévu par le JCPOA. Depuis l’annonce du retrait des Etats-Unis, Téhéran était déjà revenu à 5%, soit le niveau nécessaire au combustible employé dans le nucléaire civil. Un taux supérieur aurait été interprété comme une tentative de produire du combustible militaire.

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«Nous étions nombreux à penser que l’Iran annoncerait un enrichissement à près de 20%. Il ne l’a pas fait aujourd’hui. C’est une bonne nouvelle», se félicite sur Twitter Richard Johnson, directeur de l’ONG américaine Nuclear Threat Initiative. Une telle décision aurait diminué le temps nécessaire pour fabriquer une bombe atomique. Les précédentes mesures iraniennes – notamment en stockant plus d’uranium enrichi que les 300 kilos autorisés par l’accord – ont certes déjà raccourci ce délai, mais Richard Johnson souligne «qu’il reste plus proche d’une année que de six mois».