L'universitaire qui accuse le candidat de Donald Trump à la Cour suprême de l'avoir agressée sexuellement dans les années 1980 s'est dite jeudi 20 septembre disposée à témoigner la semaine prochaine devant les sénateurs américains, mais à ses conditions.

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Christine Blasey Ford, 51 ans, affirme que le juge conservateur Brett Kavanaugh, 53 ans, l'a agressée lors d'une soirée arrosée entre lycéens dans la banlieue de Washington, ce qu'il nie vigoureusement. Ses accusations menacent de faire dérailler la confirmation du magistrat, qui fait l'objet d'un combat politique féroce à quelques semaines d'élections parlementaires à suspense. 

La commission judiciaire du Sénat, chargée d'examiner la candidature du juge Kavanaugh, a convoqué les deux parties à s'exprimer lundi devant elle. Après plusieurs jours de silence, l'avocate de Christine Blasey Ford a indiqué que sa cliente acceptait de témoigner devant les parlementaires, mais à ses conditions.

Enquête du FBI et sécurité

D'abord, la chercheuse en psychologie n'ira pas au Sénat lundi, date qui ne lui convient pas et qui a été fixée «arbitrairement», estime Me Debra Katz. Elle est disponible plus tard dans la semaine. Ensuite, elle veut que les conditions de l'audition soient «justes» et répète sa «préférence» pour une enquête du FBI avant l'audition. Enfin, elle veut que sa sécurité soit assurée. Depuis qu'elle est sortie de l'anonymat pour accuser le juge, Christine Bradley Ford a reçu «des menaces de mort (...) et sa famille et elle ont dû quitter leur domicile», rappelle l'avocate dans un e-mail adressé à la commission sénatoriale.

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Christine Blasey Ford, restée muette pendant des années sur cet épisode présumé, avait envoyé en juillet un courrier à une élue locale quand le nom du juge Kavanaugh avait commencé à circuler parmi les possibles candidats à la Cour suprême.  Après des fuites dans la presse, elle est sortie de l'ombre à contrecœur avec une interview au Washington Postpubliée dimanche. Selon ce témoignage, le jeune Kavanaugh et un ami, tous deux «complètement ivres», l'avaient coincée dans une chambre lors d'une soirée au début des années 1980. Il se serait ensuite livré à des attouchements et aurait tenté de la déshabiller, avant qu'elle ne parvienne à fuir.

Précédent de 1991

Dans le pays où est né le mouvement #MeToo, Brett Kavanaugh est l'une des dizaines de personnalités qui ont vu surgir des accusations publiques de violences sexuelles. L'affaire rappelle celle qui avait concerné en 1991 un autre candidat à la Cour suprême, Clarence Thomas, accusé de harcèlement sexuel par une professeur de droit, Anita Hill.

Soucieux d'éviter l'image déplorable donnée par leurs prédécesseurs en 1991, les élus républicains de la commission judiciaire du Sénat, tous des hommes, envisagent d'avoir recours à un tiers pour interroger Christine Blasey Ford, selon le New York Times.

Malgré son audition, le juge Thomas avait été confirmé et siège toujours à la Cour. Mais le manque de considération envers Mme Hill, lors d'audiences télévisées, avait marqué les esprits et poussé un certain nombre de femmes à entrer en politique.

Le climat a changé

Vingt-sept ans plus tard, le climat a changé. Même le président Trump, pourtant prompt à critiquer ceux qui se dressent en travers de son chemin, s'est gardé d'attaquer directement Christine Blasey Ford. Il a toutefois martelé son soutien à Brett Kavanaugh, «un homme extraordinaire» selon lui, et affiché son scepticisme sur les accusations le visant: «Il est très difficile pour moi d'imaginer qu'il se soit passé quoi que ce soit».

L'opinion publique semble pour sa part de plus en plus hostile à ce magistrat. D'après un sondage publié par NBC et le Wall Street Journal jeudi soir, 38% des Américains s'opposent à ce qu'il devienne juge à la Cour suprême ( 9 points par rapport à août), et 34% y sont favorables (1 point). Si Christine Bradley Ford parvient à instiller suffisamment le doute dans l'esprit des sénateurs, qui ont le dernier mot sur les postes à la Cour suprême, elle infligera un sérieux camouflet au chef de l'État.

Au cas où les républicains perdraient leur courte majorité au Sénat lors des élections du 6 novembre, le milliardaire aurait du mal à imposer ses candidats à la Cour suprême pendant tout le reste de la mandature. L'enjeu est de taille: la Cour suprême, qui juge de la constitutionnalité des lois, arbitre les débats de société les plus épineux aux États-Unis (mariage homosexuel, port des armes, droit à l'avortement, etc.).