Les rebelles syriens sont un peu plus seuls après que les Etats-Unis les ont définitivement lâchés. Il y a près d’un mois, Donald Trump a mis fin au programme de la CIA visant à armer les combattants anti-Assad, a révélé mercredi le Washington Post. Il s’agit d’une concession majeure à la Russie. Les sources qui ont parlé au journal soulignent que ce soutien n’avait plus de sens depuis l’intervention militaire en 2015 de Moscou aux côtés du président Bachar el-Assad. Celle-ci a définitivement fait basculer le conflit.

Cette décision est tout sauf une surprise. La priorité des Etats-Unis est plus que jamais la lutte contre l’Etat islamique, qui vient d’être délogé de Mossoul dans le nord de l’Irak. En avril, Donald Trump s’en était pourtant directement pris au régime de Bachar el-Assad, en bombardant une base de l’armée syrienne en représailles à une attaque chimique sur une ville tenue par les rebelles dans le nord du pays. Ce coup de sang aura finalement été sans lendemain.

«Les efforts contre Assad ont échoué»

«Il est désormais évident pour la plupart des dirigeants dans le monde que les efforts pour renverser Bachar el-Assad ont échoué», analyse Joshua Landis, directeur du Centre d’étude sur le Moyen-Orient à l’Université d’Oklahoma. La France, qui était l’un des derniers pays à réclamer le départ de Bachar el-Assad, s’est ravisée. Emmanuel Macron a en effet déclaré que la destitution du président syrien n’était plus «un préalable». Sur twitter, Charles Lister, chercheur à l’Institut du Moyen-Orient, estime au contraire que le lâchage américain des rebelles va favoriser les groupes les plus radicaux, comme la branche syrienne d’Al-Qaïda ou l’Etat islamique.

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Le programme de soutien aux rebelles syriens avait été initié par Barack Obama en 2013. Mais les combattants syriens n’ont jamais reçu l’appui décisif qui leur aurait permis de renverser le président Assad. Ils ont aussi été beaucoup trop divisés pour l’emporter. Quand l’aviation russe est entrée en guerre, l’administration Obama s’est refusé à fournir aux rebelles des armes antiaériennes, de peur qu’elles tombent dans les mains des djihadistes.

Plus actifs que jamais contre l’Etat islamique

Les Etats-Unis ne se désengagent pas pour autant de Syrie. Ils soutiennent une autre coalition rebelle, dominée par les Kurdes, qui tente de reprendre Raqa, le fief syrien de l’Etat islamique. «Il n’est pas impossible que le partenariat avec les Kurdes continue à l’avenir et que les Etats-Unis restent dans le nord de la Syrie, où les Kurdes obtiendraient une autonomie». Cette proximité suscite la fureur de la Turquie, qui a été accusée jeudi par le Pentagone d’avoir révélé l’emplacement des forces spéciales américaines et françaises participant à la bataille de Raqa.

Pour le reste de la Syrie, les Etats-Unis ne semblent plus voir d’inconvénient à ce que l’armée de Bachar el-Assad et ses alliés reprennent le territoire perdu au début du soulèvement de 2011. Un cessez-le-feu a été conclu dans le sud de la Syrie avec la bénédiction des Russes et des Américains. Pour l’instant, le régime se concentre sur l’est du pays et la reconquête de la vallée de l’Euphrate, l’un des derniers bastions de l’Etat islamique. Une fois que cela sera fait, Bachar el-Assad pourra se retourner contre les derniers territoires rebelles. «Cela sera sanglant et brutal», se désole Joshua Landis. «Mais je ne vois pas qui pourrait l’en empêcher», dit-il. Ayant les coudées franches, le régime syrien risque d’être peu enclin à des concessions jusqu’à l’écrasement de la rébellion. Ce qui promet encore des mois voire des années de guerre.