Il y a des individus, à travers le monde, qui suscitent un intérêt qui dépasse l’entendement. Les gens raffolent des histoires qui les entourent, parfois sans réellement savoir pourquoi. Les membres de la famille royale britannique font partie de ces personnes qui déchaînent les passions. Les agissements de la reine Elisabeth II, de ses enfants, petits-enfants ou arrière-petits-enfants sont scrutés, à la loupe. J’ai pu m’en rendre compte la semaine dernière, lors de la publication d’un article sur la mise en poursuite, en Valais, du prince Andrew et de son ex-femme Sarah Ferguson, qui doivent encore 8 millions de francs à la venderesse du chalet qu’ils ont acquis à Verbier, en 2014.

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«Votre article va faire le tour du monde. Vous vous en rendez compte?» m’avait glissé ma source. Cette phrase m’avait fait sourire. Sur le moment, je ne me rendais certainement pas encore compte du pouvoir journalistique de la famille royale britannique. Mais, au final, cette personne avait raison. Grâce notamment à la magie des dépêches d’agences – et particulièrement de l’Agence France-Presse sur ce coup-là – des médias des quatre coins de la planète, de la Chine au Canada, en passant par l’Indonésie ou la Belgique, ont repris cette information.

«Une véritable bombe»

Si la nouvelle est intéressante et exclusive, la pandémie de Covid-19 a semble-t-il décuplé l’intérêt des médias pour cette histoire. «Vous avez lâché une véritable bombe en Angleterre. Tous les médias se sont rués dessus, car on en a un peu marre de la monothématique du coronavirus», m’a avoué un journaliste du Daily Telegraph au téléphone.

Comme plusieurs de ses consœurs et confrères, du Times, du Daily Mail, du Sun ou de la chaîne de télévision américaine ABC News, il m’a contacté pour obtenir des informations complémentaires sur cette affaire, en reconnaissant une certaine pression de sa rédaction en chef. Ayant manqué le «gros scoop», les médias, notamment britanniques, semblaient vouloir être les premiers à révéler des détails plus précis de cette mise en poursuite. Après les révélations du Temps, une sorte de «course au scoop secondaire» s’est engagée en Angleterre. Et, contrairement aux habitudes que l’on rencontre en Suisse, outre-Manche, tout semble permis pour obtenir des informations.

Passer outre la déontologie

Pour arriver à leurs fins, ces journalistes n’hésitent pas à aller à l’encontre de notre déontologie professionnelle. L’une d’entre eux, par exemple, me demande dans un e-mail comment j’ai appris que le couple avait été mis en poursuite. En d’autres termes, elle souhaite que je lui fournisse ma source. Etonnant de la part d’une consœur qui sait que la règle d’or du métier est justement de ne jamais dévoiler ses sources. Mais si elle me formule cette demande, cela signifie-t-il que certains confrères le font? Je m’interroge… Avant, évidemment, de refuser, poliment, d’accéder à sa demande et de la renvoyer vers mon article, qui contient toutes les informations que j’avais pu obtenir.

Mais ce n’est pas tout. Les médias britanniques sont également prêts à délier leur bourse pour obtenir des informations. L’un d’entre eux est prêt à me «régler» si je lui transmets les documents en ma possession. Tandis qu’un autre est prêt à me payer pour enquêter pour lui, dans l’optique où je serais un journaliste indépendant. Mais ce n’est pas le cas. Je décline donc la proposition pour continuer à me consacrer à l’actualité valaisanne, qui déclenche rarement de telles réactions en chaîne internationales. Et c’est tant mieux, car désormais je peux l’affirmer: le service après-vente, je n’aime pas trop ça.