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Pour l’acte II de son quinquennat, Emmanuel Macron la joue libéral-social

Le premier ministre français Edouard Philippe a obtenu mercredi la confiance des députés, dessinant les prochains contours du quinquennat d’Emmanuel Macron

A Genève ce mardi pour le 100e anniversaire de l’Organisation internationale du travail (OIT), Emmanuel Macron avait mis en garde: «Quand les individus ne voient pas leur part de progrès, ils n’adhèrent plus au projet sociétal.» Son avertissement a été traduit, mercredi, dans le discours de politique générale du premier ministre Edouard Philippe, lancement de l’acte II du quinquennat après les convulsions des «gilets jaunes». Pas d’annonces massues, mais plusieurs correctifs pour bien marquer l’infléchissement vers plus de proximité, compte tenu du «mur de défiance qui sépare les citoyens de leurs représentants». Et, au final, un large vote de confiance par 363 voix pour et 163 contre.

Un éventail politique atomisé

Le symbole le plus frappant de cette volonté d’inclusion concerne la réforme annoncée, cet automne, des 42 systèmes de retraite en vigueur en France, sur la base de recommandations attendues pour juillet. L’âge légal actuel de départ à la retraite sera maintenu à 62 ans. Mais un «âge d’équilibre» sera défini. «Nous devrons travailler plus longtemps», a asséné le premier ministre, tout en promettant «temps et souplesse» pour y parvenir.

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Politiquement, l’exercice est limpide. Il consiste, pour le tandem Macron-Philippe, à ratisser le plus large possible au centre de l’électorat, afin de ne pas laisser d’espace à la gauche et à la droite modérée. Les européennes du 26 mai, marquées par la chute libre du parti de droite Les Républicains (8,3% des voix) et par la dispersion des voix de gauche (6,3% pour La France insoumise, 6,1% pour le Parti socialiste), ont montré combien la politique est atomisée en France. Quatre angles d’attaque seront dès lors privilégiés, pour combler les attentes libérales et sociales.

Quatre mesures principales

Le premier est la hausse du pouvoir d’achat, via une baisse de la pression fiscale (27 milliards d’euros de prélèvements en moins d’ici à la fin du quinquennat) et la promesse de suppression intégrale de la taxe d’habitation d’ici à 2023. Le second est la remise en ordre libérale du labyrinthe administratif et social français, via la suppression promise des régimes spéciaux de retraite et la confirmation de la réforme prochaine de l'assurance chomage, avec le plafonnement des indemnités. Le troisième est l’égalité et la proximité, via l’instauration future d’une retraite de base équivalente à 85% du salaire minimum (1521 euros mensuels) et le recouvrement des pensions alimentaires pour les femmes seules. Le quatrième est la prise en compte des changements sociétaux, avec l’engagement à autoriser, d’ici à fin 2019, la procréation médicale assistée (PMA) pour toutes les femmes.

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Libéral et social. Ferme sur les questions de sécurité, sans un mot en revanche sur le sort judiciaire compliqué des ex-djihadistes français. Vertical et horizontal en termes d’exercice du pouvoir. Le projet de réforme constitutionnelle est ainsi confirmé avec des bémols, mais sans calendrier tant qu’un accord n’aura pas été trouvé avec le Sénat (contrôlé par l’opposition). Restent envisagés la réduction du nombre des parlementaires de 25% (au lieu du tiers envisagé), la baisse promise à un million de signatures pour un référendum d’initiative partagée, la création de conventions citoyennes tirées au sort et l’engagement à réformer le recrutement de la haute fonction publique. Avec, en poche, la confiance renouvelée de sa majorité, la présidence Macron continue son slalom gauche-droite.

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