Irak

L’action américaine contre Daech commence à payer

Bien qu’elle n’en fasse publicité, l’administration Obama renforce la présence de ses forces spéciales en Irak. Elle peut aussi compter sur six brigades irakiennes formées par Washington dans l’optique de la future grande bataille: la reconquête de Mossoul

En septembre 2014, Barack Obama avait qualifié le groupe Etat islamique (EI) de «JV Team», une expression utilisée dans le sport universitaire américain pour qualifier une «équipe B». Après les attentats de San Bernardino en Californie, de Paris et de Bruxelles, l’administration américaine ne recourt plus à l’ironie. Elle mène une véritable guerre cybernétique contre l’EI, cherchant à saboter ses moyens de communication, de paiement et de commandement. Sur le terrain, depuis plusieurs mois, la coalition internationale menée par les Américains a intensifié les frappes et marqué des points face aux djihadistes.

Selon Kenneth Pollack, chercheur au Center for Middle East Policy à la Brookings Institution, un groupe de réflexion de Washington, la coalition a formé six brigades dénommées les «Mosul Counterattack Brigades». «Il y a probablement quelque 5000 soldats américains en Irak et non les 3800 annoncés par le gouvernement américain, souligne-t-il. Et ils sont bien plus impliqués dans les combats qu’on veut bien l’admettre.» Grâce à une meilleure coopération avec les forces irakiennes, les frappes aériennes américaines ont été plus efficaces, détruisant des installations pétrolières, des sites de fabrication de bombes, des moyens de transport et des hauts responsables de l’EI. Daech (acronyme arabe de l’EI) a perdu 40% de ses conquêtes de 2014 en Irak et 10% en Syrie. L’EI, financièrement aux abois, n’a plus remporté de victoire majeure en Irak et en Syrie depuis mai 2015.

Pour Barack Obama, la question de l’implication de l’Amérique en Irak et en Syrie a toujours été délicate. Le démocrate a été élu à la Maison-Blanche en promettant notamment de retirer les forces américaines d’Irak et d’Afghanistan. Il est aussi convaincu que ce n’est pas l’Amérique qui résoudra seule le problème syrien en lançant une vaste opération terrestre à la manière de l’invasion de l’Irak en mars 2003. Cela ne signifie pas que les Etats-Unis ne font rien. Mais ils évitent une trop grande publicité. Outre-Atlantique, ce manque de transparence irrite, même si la stratégie d’avoir des petites forces spéciales sur place est jugée plutôt bonne. Cette communication déficiente de la Maison-Blanche, laquelle veut éviter tout engrenage dans une nouvelle guerre, tranche avec celle du Kremlin. A Moscou, on a su mettre en évidence le rôle majeur de la Russie dans la reprise de Palmyre par le régime de Bachar el-Assad. Or Vladimir Poutine a longtemps préféré soutenir massivement Damas plutôt que combattre frontalement l’EI alors que les Américains bombardaient régulièrement les positions de Daech.

Désormais, les choses évoluent. Washington est en train d’augmenter le nombre de bases au sud de Mossoul afin d’accélérer la lutte contre l’EI. Pour l’heure, les Américains n’en comptent qu’une, à Makhmour. Mais l’administration démocrate serait prête à en créer d’autres et à y envoyer des centaines de forces spéciales supplémentaires, battant en brèche l’idée qu’il n’y aurait jamais de troupes terrestres en Irak. L’un de ces contingents dénommé l’«Expeditionary Targeting Force» est opérationnel depuis un certain temps déjà. Mais à Washington, on se défend de souligner qu’il y a des forces combattantes en Irak, ce d’autant que le Congrès, pour des raisons politiciennes, a refusé de voter en faveur d’une autorisation de déclarer la guerre à Daech pourtant demandée par la Maison-Blanche. Or c’est bien dans des combats qu’un Marine a été tué par un lance-roquettes de Daech en mars dernier.

Malgré les progrès, l’EI n’est pas détruit. C’est pourquoi Américains et Irakiens préparent ce qui apparaît comme la grande bataille à venir: celle de Mossoul, la capitale irakienne du califat. Les préparatifs ont déjà commencé. Le 24 mars dernier, avec l’aide américaine, l’armée irakienne et les peshmergas kurdes ont libéré plusieurs villages sur la route de Mossoul dans le cadre de l’opération «Fatah (conquête)». La reprise de la deuxième plus grande ville du pays, qui nécessiterait quelque 35 000 soldats, aurait un impact psychologique considérable. Mais Kenneth Pollack met en garde. Une victoire militaire, relève le chercheur, n’aura de sens que si celle-ci peut être traduite en avancées politiques. La reconquête de Mossoul pourrait à nouveau ouvrir la boîte de Pandore en Irak entre Kurdes et Irakiens qui continuent de se regarder en chiens de faïence.

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