A l’intérieur, les passagers effectuent dans le calme les formalités d’embarquement pour les premiers vols à destination de Moscou et de Kiev.

En revanche, on ignorait pour le moment si les prochains avions prévus à l’arrivée pourraient se poser sans encombres à Simferopol, chef-lieu de la péninsule et où les sièges du parlement et du gouvernement sont occupés depuis jeudi par des commandos qui ont hissé à leur sommet un drapeau russe.

«L’aéroport fonctionne normalement», assure toutefois un cadre de l’administration, tandis qu’un responsable de la sécurité refuse de répondre aux questions.

Il est impossible de s’approcher de la dizaine d’hommes casqués, pour certains le visage à moitié caché par une cagoule, et portant tous un écusson noir sur le haut du bras droit, qui montent la garde aux abords de l’aéroport, et donc de savoir à quelle armée ou formation paramilitaire ils appartiennent.

Interrogés à leur sujet, des militants pro-russes en civil, bonnet sur la tête, et n’ayant apparemment aucune arme, présents à leurs côtés, se contentent d’un laconique «pas de commentaires».

«Nous sommes des volontaires», «nous sommes ici pour maintenir l’ordre», «nous sommes arrivés dans la nuit» de jeudi à vendredi à l’aéroport, affirment-ils à l’unisson.

«Nous sommes présents pour ne pas permettre que viennent en avion de l’ouest de l’Ukraine des fascistes ou des radicaux», déclare, évoquant en ces termes les partisans du nouveau régime ukrainien, leur porte-parole improvisé, Vladimir, 46 ans, en veste de treillis et qui se présente comme un ancien officier.

«Nous resterons le temps qu’il faudra, il y aura une relève», poursuit-il.

Un de ses compagnons, Vadim, un jeune ingénieur en baskets, jure ne pas être un «extrémiste». «On est ici pour maintenir l’ordre public, on ne bloque rien. Mais si les bandits nationalistes viennent, nous allons nous battre avec eux. Nous trouverons des armes si on en a besoin.»

Un homme et deux femmes en instance de départ pour Moscou assis à l’intérieur de l’aéroport disent, quant à eux, trouver «normal» le déploiement de ces «soldats».

A la gare de Simferopol, à une douzaine de kilomètres, un groupe de cinq jeunes arpente un des quais pour là aussi, raconte l’un d’eux, «éviter» que des «extrémistes» des régions autres que russophones d’Ukraine ne débarquent. «Nous faisons cela depuis dimanche», le lendemain de la destitution du président Viktor Ianoukovitch, souligne-t-il.

Tout y semble tranquille, des gens dorment en attendant leur train et le drapeau ukrainien flotte toujours en haut de la façade. «Pour le moment», lance, goguenard, un chauffeur de taxi.

Non loin de là, dans le centre-ville, tout le quartier où se trouvent le parlement et le gouvernement était hermétiquement bouclé par des policiers et des voitures de police, alors que des centaines de militants scandant «Russie! Russie!» et arborant les couleurs russes avaient pu se rassembler la veille devant l’Assemblée.

Jeudi matin, un commando pro-russe avait pris possession de ces deux bâtiments.

Le ministre ukrainien de l’Intérieur par intérim, Arsen Avakov, a accusé vendredi les forces russes «d’invasion armée et d’occupation» après la prise de contrôle dans la nuit de deux aéroports de Crimée, dont l’un militaire, par des hommes armés.

«Je considère ce qui se passe comme une invasion armée et une occupation», écrit-il sur sa page Facebook.