Allemagne

L’AfD entre au Bundestag

Le parti populiste AfD a obtenu 13,5% des voix. L’extrême droite entre au parlement pour la première fois depuis 1949

L’AfD a donc largement réalisé ses objectifs. Ce parti populiste de droite visait au moins 10% du corps électoral. Il en a obtenu13,5% d’après les sondages sortis des urnes. C’est la première fois qu’un parti d’extrême droite entre au Bundestag, depuis la création de la République Fédérale d’Allemagne en 1949. L’AfD est particulièrement forte dans les Länder défavorisés de l’ex-RDA et auprès des Russes-allemands (ces populations allemandes de souche qui ont fui l’ex-Union soviétique pour l’Allemagne au début des années 90). Son électorat est majoritairement masculin et âgé.

Troisième parti derrière les chrétiens-démocrates de la CDU et les sociaux démocrates du SPD, l’AfD peut espérer prendre la tête de l’opposition au Bundestag, en cas de reconduction -incertaine- de la coalition CDU-SPD que dirigeait Angela Merkel depuis 2013. «C’est une vision d’horreur!» estime la députée néo-communiste Petra Sitte, rappelant que le parti leader de l’opposition reçoit traditionnellement le poste de Président de la commission budgétaire du parlement, et prend la parole juste après le chancelier lors des débats parlementaires.

Lire aussi: La quête d’une nouvelle coalition s’annonce ardue pour Angela Merkel

L’AfD, dont le discours nationaliste, voire raciste et antisémite, semble avoir dénoué la parole d’une minorité de droite jusqu’alors silencieuse, obtiendrait ainsi au Bundestag une tribune d’une grande importance stratégique. Petra Sitte redoute une dégradation du débat politique -jusqu’alors très policé- au sein du parlement allemand. «On a déjà une idée assez précise de leur façon de faire de la politique dans les parlements régionaux: on y entend des choses qui auraient été impensables il y a encore cinq ans», souligne la députée. L’AfD, née en 2013 pour protester contre les plans de sauvetage de l’euro, tombé dans l’oubli et menacé de disparition jusqu’à sa reconversion à la lutte contre l’islam et l’immigration à la suite de l’arrivée massive de réfugiés à l’automne 2015, siège dans 13 des 16 parlements régionaux du pays. Le parti y mène une politique d’obstruction parlementaire quasi systématique.

Mais l’AfD est un parti fortement divisé, parcouru de querelles d’influence entre une aile «modérée» autour de sa cheffe Frauke Petry et une aile radicale autour d’Alexander Gauland. La guerre des chefs pourrait éclater au grand jour au

lendemain des élections, à l’aube du congrès du parti en octobre. «L’AfD ne peut jouer un rôle politique en Allemagne que si elle se concentre fortement sur sa gauche, estime le politologue Oskar Niedermayer. Un parti de droite qui ne se limite pas sur son extrême droite n’a pas de chance en Allemagne, à cause de notre passé.» Oskar Niedermayer est convaincu que l’AfD n’aura pas d’effet sur la démocratie allemande «puisque personne n’est prêt à faire de coalition avec les populistes.»

Publicité