Les appels à la démission du premier ministre japonais se multiplient dans l'Archipel, suite au naufrage survenu samedi au large de Hawaii. Violemment critiqué pour être resté jouer au golf pendant deux heures après avoir appris par téléphone la tragédie du chalutier-école Ehime Maru coulé par le sous-marin nucléaire USS Greenville, Yoshiro Mori a de nouveau suscité la colère de la presse et des familles des victimes en répétant mercredi qu'il avait «agi au mieux». Une gaffe supplémentaire qui pourrait bien être fatale au chef du gouvernement le plus impopulaire de l'histoire récente du Japon.

Civils dans le poste de commande

Mercredi, les responsables d'une association de soutien aux parents des neuf disparus de l'Ehime Maru ont attaqué en des termes très similaires la «désinvolture» de la marine américaine et l'«irresponsabilité» de Yoshiro Mori. Réunis à proximité du Gaimusho, le Ministère nippon des affaires étrangères, des dizaines d'instituteurs, de professeurs et de professionnels de la pêche s'étaient retrouvés pour entendre le témoignage du capitaine du navire-école. Leur émotion était palpable au fur et à mesure que l'officier a raconté l'éperonnage soudain de son navire, qui s'est couché en quelques minutes, puis a coulé. Selon le capitaine, les disparus se trouvaient probablement dans les ponts inférieurs au moment du drame. Ils se seraient donc retrouvés prisonniers de l'épave.

Les mots émus du président Georges W. Bush ainsi que l'appel téléphonique ce week-end du secrétaire d'Etat, Colin Powell, à son homologue nippon, Yohei Kono, n'ont donc pas suffi. L'information, venue dans la journée des Etats-Unis, selon laquelle des civils se trouvaient dans le poste de commande du submersible au moment de sa remontée fatale à la surface a au contraire attisé l'ire de l'opinion japonaise. La nouvelle a été donnée alors que les télévisions diffusaient les images des adolescents survivants, de retour dans leur école spécialisée dans le sud du pays.

Les Japonais sont en particulier furieux contre l'équipage de l'USS Greenville, que les survivants du naufrage accusent de n'avoir rien fait pour les secourir avant l'arrivée des gardes-côtes. Une chaîne de télévision de Tokyo, qui venait de retransmettre la conférence de presse quotidienne du Pentagone durant laquelle un officier américain a mis sur le compte d'une mer très mauvaise l'inaction des sous-mariniers, a aussitôt reçu des centaines d'appels de téléspectateurs mécontents de ces explications. Le grand quotidien Asahi insiste pour sa part dans son éditorial pour que le gouvernement nippon exige de Washington «toute la vérité». Or beaucoup estiment à Tokyo que la très faible administration Mori n'est pas aujourd'hui de taille pour tenir tête au grand allié américain dans une affaire aussi sensible et symbolique.