Les analystes ne manquent pas de noter que l’annonce très médiatisée du démantèlement de ce réseau présumé est avant tout gênante en raison de son calendrier. Le président russe Dmitri Medvedev venait d’achever aux Etats-Unis un déplacement riche en symboles pour célébrer l’entente retrouvée entre les ex-ennemis de la Guerre froide.

Un lien direct entre ces deux événements n’est dès lors pas à exclure, et le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov a lui-même ironisé mardi sur le sujet: «le moment où cela a été fait a été choisi avec une élégance particulière».

«Le calendrier de cette annonce médiatisée n’a pas été choisi par hasard», constate aussi Fiodor Loukianov, rédacteur en chef de la revue «Russia in Global Affairs». Pour lui, cette affaire constitue en somme une claque pour la politique de rapprochement russo-américaine initiée après les graves tensions de la présidence de George W. Bush.

Demande par Kovalev

Barack Obama et Dmitri Medvedev avaient même mis en scène la semaine dernière leur franche camaraderie, mangeant des cheeseburgers dans un restaurant près de Washington. «Pourquoi (le réseau) n’a-t-il pas été démantelé avant ou bien après» la visite du président russe?, s’interroge dès lors un ancien chef du FSB (ex-KGB) Nikolaï Kovalev.

Des experts russes jugent qu’une attaque en règle a été menée par les milieux conservateurs au sein des services américains pour faire échouer la politique de Barcak Obama vis-à-vis de la Russie.

«Une puissante opposition à la politique de Barack Obama de rapprochement avec la Russie […] a lancé un signal à son administration, l’appelant à être vigilante envers Moscou et éviter tout rapprochement», souligne Fiodor Loukianov.

Accusation

«Des faucons, en quête d’un ennemi extérieur, sont derrière le scandale: sans un ennemi extérieur ils n’obtiendraient pas de financements et leurs affaires faneraient», renchérit Nikolaï Kovalev. «Le FBI, à l’origine des arrestations, est un organisme étroitement lié avec les milieux conservateurs (américains) pour qui la Russie est un ennemi qui doit être achevé», dit aussi Viktor Kremeniouk, vice-directeur de l’Institut russe des Etats-Unis et du Canada. Il relève que Barack Obama apparaît désormais comme «un homme politique voulant aider le pays qui mène des activités subversives contre les Etats-Unis».

Au premier rang des avancées diplomatiques menacées en raison du scandale, les experts russes placent eux la ratification par le Sénat américain du nouveau traité START de désarmement nucléaire, signé en grande pompe en avril après d’intenses négociations.

Avertissement lancé

«Le gain le plus important de la relance peut échouer», prévient M. Kremeniouk. Mais ces analystes considèrent malgré tout que cet imbroglio n’est qu’un soubresaut. «Je ne pense pas que la Maison Blanche remaniera sa politique», concède M. Loukianov, car «le fait qu’il y ait de (telles) opérations de renseignement n’est pas quelque chose de sensationnel». «Obama doit avancer dans ses relations avec Moscou pour des raisons politiques, car c’est le seul dossier réussi de sa politique extérieure», renchérit l’expert militaire Alexandre Golts.