Il pleut des tuiles, et les démocrates mettent leurs têtes à l'abri. Al Gore se dit «choqué». Terry McAuliffe, le président du parti, vieil ami de Bill Clinton, prend ses distances. La sortie de l'ancien président et de sa femme Hillary est un tel désastre qu'un geste de soutien serait politiquement suicidaire. Les rats quittent un navire qui fait eau de toutes parts.

Les chasseurs républicains du Congrès sont en piste, l'affaire des grâces présidentielles se transforme en champ de mines. Le dernier rebondissement en date est celui du New Square, autour duquel enquête Mary Jo White, procureur de New York. Quatre juifs ultrareligieux de ce groupe de Brooklyn ont obtenu de Bill Clinton une commutation de peine le dernier jour de sa présidence. Ils avaient escroqué l'Etat en obtenant une subvention pour un projet d'école fictif. Or Hillary Clinton, lors de son élection au Sénat, a bénéficié en bloc des votes du New Square à la suite d'un mot d'ordre en sa faveur. Et, fin décembre, le président et sa femme avaient assisté à une réunion en faveur de la clémence pour les quatre escrocs à chapeau noir.

Frère et demi-frère

Cette révélation vient après celle de l'intervention très profitable du frère de Hillary Clinton, l'avocat Hugh Rodham, en faveur d'un trafiquant de cocaïne, dont la peine a été commuée, et d'un guérisseur escroc, gracié. Pour son travail, le frère a reçu 400 000 dollars (680 000 francs). Il a dû les rendre mercredi en raison du scandale provoqué par cette révélation. Hillary s'est désolidarisée de son frère dans les termes les plus chagrinés possible, jurant qu'elle n'était au courant de rien. Mais à peine avait-elle tenté d'écarter ce danger qu'une autre tuile tombait: le trésorier de sa campagne à New York est, lui, intervenu (4000 dollars d'honoraires) en faveur de deux hommes d'affaires véreux – et républicains! – de l'Arkansas. Du côté du mari, c'est le demi-frère qui fait problème. Arrêté lundi au volant de sa voiture en état d'ivresse, Roger Clinton doit aussi expliquer son intervention (gratuite, dit-il) en faveur d'une dizaine de personnes dont le président a finalement refusé la grâce. Ouf!

Bush très amusé

Cet incroyable déballage, qui s'ajoute à l'affaire du pardon accordé à Marc Rich dont on n'a pas fini de parler, est observé du coin de l'œil par un George Bush très amusé. Il dit qu'il a autre chose à faire que de s'intéresser à ces petites crapuleries, mais il ne fait rien pour calmer l'acharnement de ses amis. On le comprend: son grand souci électoral, c'était de voir les démocrates, emmenés par le couple Clinton, revenir en force à l'occasion des élections au Congrès de 2002. Pour le moment, il n'a guère de soucis à se faire…