Le juge d’instruction antiterroriste Marc Trévidic a écrit lundi à Alain Juppé pour obtenir des documents demandés en vain en mai dernier et relatifs aux commissions convenues lors d’une vente de sous-marins au Pakistan en 1994, a-t-on appris de source judiciaire.

«Il s’agit d’enquêtes administratives sur le versement des commissions et d’un rapport réalisé par Dominique Castellan, un dirigeant de la Direction des constructions navales (DCN), sur l’arrêt du versement des commissions», indique cette même source.

Vieilles rivalités ravivées

La réouverture de l’enquête met le pouvoir sous la pression de la justice et réveille des rivalités vieilles de 15 ans dans la majorité. La confirmation vendredi de «très forts soupçons» de rétro commissions par l’ancien secrétaire général de l’Elysée de 1995, Dominique de Villepin a contribué à relancer l’affaire.

Le juge Marc Trévidic enquête sur l’attentat du 8 mai 2002 à Karachi qui a fait 15 morts dont 11 Français de la DCN. Un kamikaze au volant d’une voiture piégée s’était jeté contre l’autocar dans lequel ils se trouvaient.

Un lien est soupçonné entre l’attentat et l’arrêt du paiement de commissions au Pakistan ordonné en 1995 par Jacques Chirac. Celui-ci pensait possible un retour frauduleux de l’argent en France par le biais de «rétro commissions» destinées à financer la campagne présidentielle d’Edouard Balladur, son rival en 1995.

Pas la première demande

Le magistrat avait demandé plusieurs documents en mai à Hervé Morin, prédécesseur d’Alain Juppé au ministère de la Défense. Certains, sans portée déterminante, ont été remis mais d’autres, dont la déclassification n’a pas été soumise à la commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN), manquent à l’appel, remarque le juge Trévidic dans son courrier à Alain Juppé.

Nicolas Sarkozy a précisé samedi lors d’une conférence de presse à Lisbonne que «l’Etat aidera la justice en lui communiquant tous les documents dont elle aura besoin». Les familles de victimes dénoncent, elles, un «double langage».

La situation judiciaire est complexe, puisqu’un autre juge d’instruction, Renaud Van Ruymbeke, enquête sur l’aspect financier de l’affaire, dont la supposée corruption de 1995. Il se trouve sous la menace d’un appel du procureur, qui a demandé à la cour d’appel d’interrompre sa procédure.

Renaud Van Ruymbeke a auditionné plusieurs témoins qui affirment que le paiement d’une partie des commissions de quelque 84 millions d’euros convenus par écrit pour le Pakistan avait été interrompu en 1995 sur ordre de Jacques Chirac.