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L’affaire de la NSA rebondit en Allemagne

L’Allemagne qui se présentait en victime collaborait en fait activement à l’espionnage industriel au profit des Etats-Unis. La chancelière Angela Merkel l’aurait su depuis 2008

L’affaire de la NSA rebondit en Allemagne

Espionnage Le pays qui se présentait en victime collaborait au profit des Etats-Unis

Angela Merkel l’aurait su depuis 2008

Angela Merkel s’est toujours présentée en victime des agissements de la NSA, l’agence de renseignement américaine, qui avait espionné jusqu’à son téléphone portable. «L’espionnage entre amis, ça ne se fait pas», s’était irritée la chancelière en 2013, à l’annonce du scandale NSA. Berlin attendait alors même des excuses de Washington.

Plusieurs révélations de la presse allemande au cours des derniers jours jettent un regard nouveau sur ce scandale. Selon le quotidien Bild Zeitung, qui a eu accès à des documents de la commission d’enquête parlementaire du Bundestag sur les activités de la NSA e Allemagne, la Chancellerie savait depuis 2008 que les Américains se livraient à de l’espionnage industriel en République fédérale. Selon l’hebdomadaire Der Spiegel, l’Allemagne aurait même activement participé à cette activité puisque le BND, le service du renseignement allemand, alimentait la NSA en informations secrètes. Parmi les victimes de cette coopération germano-américaine, EADS, Eurocopter, des administrations françaises et même un président de la République française, selon le Spiegel. Paris et Berlin assurent «être en contact étroit» pour éclaircir cette affaire.

Petit retour en arrière. Les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis provoquent une onde de choc en Allemagne, lorsqu’il apparaît que les terroristes ont préparé leur action depuis Hambourg. En 2002, Berlin et Washington négocient un accord de coopération en matière de renseignement, afin de lutter contre le terrorisme. La NSA peut compter sur l’aide du BND et s’engage alors formellement à respecter le droit allemand. Mais la NSA a visiblement abusé de cet accord. Loin de se contenter de demander des informations liées au terrorisme, les Américains multiplient les requêtes, si nombreuses (on parle de plusieurs millions) que les Allemands ne les filtrent plus que de façon automatique. Seuls les numéros de téléphone avec un indicatif allemand et les adresses mails se terminant par .de font l’objet d’un traitement particulier.

Dès 2008, les services allemands commencent à s’étonner de certaines questions américaines, comme celles concernant EADS ou Eurocopter, qui relèvent visiblement plus de l’espionnage industriel que de la lutte antiterroriste. Les deux sociétés produisent des avions de chasse tels que l’Eurofighter, l’avion de transport de troupes A400M, des satellites et des systèmes de défense. La Chancellerie est informée par une note de ces étranges requêtes américaines. A l’époque, le directeur de cabinet d’Angela Merkel est Thomas de Maizière, un proche de la chancelière. Aujourd’hui ministre de l’Intérieur, il se retranche derrière le secret défense pour refuser de répondre à la presse. «On a su pendant des années à la Chancellerie que la NSA tentait d’espionner des sociétés allemandes. Il est improbable et il serait totalement inhabituel que le chef des services de la Chancellerie n’ait pas été informé de tels agissements», a confié à Bild un membre de la commission d’enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur le scandale. Le quotidien le plus lu d’Allemagne assure avoir eu accès à deux documents envoyés par le BND à la Chancellerie en 2008 et 2010, informant le gouvernement de l’espionnage économique pratiqué par la NSA.

Le dossier est devenu embarrassant pour Angela Merkel. Lorsqu’a éclaté le scandale de la NSA, Berlin était au courant de longue date. Les services allemands ont-ils délibérément espionné leurs partenaires européens ou se sont-ils fait manipuler? Que savait la Chancellerie? Qui de l’entourage direct de la chancelière était au courant, et à partir de quand? Sur la défensive, les services d’Angela Merkel ont évoqué «des déficits techniques et organisationnels au sein du BND». Même le SPD, allié à la CDU au sein de la coalition au pouvoir, s’émeut du scandale. «Apparemment, le BND mène sa vie, et il faut cesser ça», a déclaré le président du parti et ministre de l’Economie, Sigmar Gabriel. Les milieux d’affaires sont choqués. Les relations entre Etat et milieux industriels sont «empoisonnées» par «une rupture de confiance», assure Ulrich Grillo, le président de la fédération allemande de l’industrie BDI, qui réclame un contrôle efficace de l’activité des services de renseignement. Une porte-parole du gouvernement a promis «des changements dans l’organisation du renseignement allemand», mais a rejeté toute discussion sur d’éventuelles sanctions. Le dossier de l’espionnage est particulièrement sensible en Allemagne, où les pratiques de la Stasi à l’égard de la RFA ont provoqué un profond traumatisme dans la classe politique mais aussi dans les milieux d’affaires.

La Chancellerie savait depuis des années que la NSA espionnait des sociétés allemandes

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