Etats-Unis

L'affaire russe de Donald Trump en quatre points

Après l'éviction brutale du patron du FBI, le point sur les différentes enquêtes en cours, qui ont connu de nombreux rebondissements

Pressions, accusations, récusations: l’affaire de l’ingérence russe dans l’élection présidentielle américaine n’en finit plus de rebondir. Dernier épisode en date: le limogeage, mardi soir, du patron du FBI, James Comey. Plusieurs enquêtes tentent, dans un contexte extrêmement tendu, de clarifier la nature des liens entre l’équipe de campagne de Donald Trump et Moscou. Mais qui fait quoi?

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L’enquête du FBI. C’est le 20 mars, lors d’une audition publique devant une commission du Sénat, que James Comey a confirmé que le FBI enquêtait depuis juillet 2016 sur l’interférence russe dans l’élection présidentielle, via des actes de piratage informatique. «Cela inclut des investigations sur la nature des liens entre des individus liés à l’équipe de campagne de Donald Trump et le gouvernement russe, et pour déterminer s’il y a eu coordination entre la campagne et les efforts russes», a-t-il précisé. Pendant cette même audition, il a aussi clairement rejeté l’accusation de Donald Trump selon laquelle Barack Obama l’avait mis sur écoute dans la Trump Tower à Manhattan.

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Cette enquête est aujourd’hui affectée par le départ forcé de James Comey. Son sort dépendra fortement du profil choisi pour le nouveau patron. Trois noms reviennent régulièrement dans les médias américains: ceux de Rudy Giuliani, ex-maire de New York, du gouverneur du New Jersey Chris Christie, ou encore de Mike Rogers, le directeur de la NSA.

Selon le New York Times, James Comey a il y a quelques jours demandé des moyens supplémentaires au Ministère de la Justice pour pouvoir enquêter sur l’affaire russe. Jeff Sessions, le ministre de la Justice, s’était récusé de l’enquête: il a dû admettre avoir eu des contacts avec l’ambassadeur russe à Washington avant l’élection.

L’enquête du Sénat. L’homme vers lequel les regards se tournent est le républicain Richard Burr (Caroline du Nord). Il préside la très influente commission du renseignement du Sénat. A peine l’éviction de James Comey connue, il a publiquement fait part de ses doutes, en se disant «troublé par le timing et les explications» du limogeage. Aux dernières nouvelles, la commission espère auditionner James Comey mardi prochain. D’autres commissions du Sénat sont amenées à se pencher sur les liens entre l’administration Trump et Moscou.

La commission de Richard Burr a haussé le ton vis-à-vis de Michael Flynn mercredi en émettant une assignation et l’obligeant à produire des documents qu’il n’a pas voulu transmettre. Selon NBC News, c’est la première fois qu’une commission du Renseignement recourt au «subpoena» depuis les attaques terroristes du 11 septembre 2001, et la première fois qu’elle utilise cette possibilité juridique depuis les années 1970 pour obtenir des documents. Michael Flynn n’est autre que le conseiller à la sécurité nationale qui a été poussé à la démission par Donald Trump le 13 janvier. Il avait caché avoir eu des contacts avec des Russes. Selon des fuites dont ont profité des médias, Paul Manafort, l’ex-chef de campagne de Donald Trump, et d’autres conseillers, parmi lesquels Carter Page, ont communiqué avec des responsables russes avant l’élection du 8 novembre. Le tout est de déterminer le contenu précis de ces échanges.

Le 9 mai dernier, la commission du renseignement a auditionné Sally Yates, ex-ministre de la Justice ad intérim licenciée par Donald Trump, et James Clapper, ancien patron du renseignement américain (DNI). Sally Yates a confirmé avoir averti le président Trump du risque d’un «chantage» de Moscou sur Michael Flynn.

L’enquête de la Chambre des représentants. Devin Nunes (Californie) a beaucoup fait parler de lui ces dernières semaines. Et pas en bien. Le président de la commission du renseignement de la Chambre a déclenché une polémique. Proche de Donald Trump – il avait activement participé à sa campagne –, il a dû se récuser de l’enquête après avoir été accusé de la politiser. Les démocrates lui reprochaient de vouloir détourner l’attention, en apportant du crédit aux accusations d’espionnage de Donald Trump contre Barack Obama. Au final, Devin Nunes a dû concéder qu’il n’existait pas de preuves que des écoutes aient eu lieu. Cette enquête, qui a du plomb dans l’aile, est désormais supervisée par le républicain Mike Conaway (Texas).

Un procureur spécial? Mercredi, la Maison-Blanche a écarté l’idée de nommer un procureur spécial, estimant que les enquêtes en cours sont suffisantes. La porte-parole a surtout répété la position de Donald Trump: «Il n’y a aucune preuve de collusion entre la campagne Trump et la Russie, et nous aimerions pouvoir avancer et nous concentrer sur les choses qui, honnêtement, préoccupent vraiment les gens.» La nomination d’un procureur spécial est avant tout revendiquée par les démocrates. Pour le chef de l’opposition démocrate au Sénat, Chuck Schumer, sans une telle nomination, «les Américains seront en droit de soupçonner que la décision de limoger le directeur Comey est une tentative d’étouffer l’affaire».

Les accusations de pressions de la part de l’administration Trump renforcent la revendication d’un procureur spécial. La Maison-Blanche a admis la semaine dernière avoir demandé au FBI de divulguer des informations «pour combattre les «fakes news» de certains médias».

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