Depuis le mois de juin dernier, il est difficile d'ignorer que la France est dirigée par un gouvernement de droite. Le parlement est revenu sur quelques-uns des fleurons de la gestion précédente, la loi sur les 35 heures hebdomadaires de travail et la loi sur les licenciements économiques. Les ministres rappellent chaque jour qu'il faut mettre l'accent sur la responsabilité individuelle et récompenser les initiatives. La politique de sécurité est menée tambour battant, et les privatisations sont réalisées même le dimanche, comme celle de la part publique du Crédit Lyonnais ce week-end. Il faudra pourtant attendre quelque temps pour que les conséquences de cette politique soient visibles et pour que le gouvernement s'attaque aux dossiers les plus délicats, comme celui des retraites. Hier, la manifestation des cheminots dans les rues de Paris en a dit plus long sur les nouveaux rapports de force que les lois votées par l'Assemblée nationale ou les discours de la majorité et de l'opposition. Les dizaines de milliers de salariés qui défilaient en rangs serrés semblaient soulagés d'avoir à affronter enfin un adversaire résolu et facile à identifier. Jamais auparavant on avait pu observer d'aussi près les effets de l'alternance, de la défaite de la gauche, et la fin de la cohabitation. L'accueil réservé à trois anciens ministres de Lionel Jospin sur les lieux du rassemblement – ils ont été hués et bousculés par les manifestants – donne la mesure de l'amertume accumulée par les salariés qui dépendent directement de l'Etat (environ le quart des salariés français) pendant que la gauche était au pouvoir. Il y avait dans cette foule un grand nombre de ceux dont la voix a manqué à Lionel Jospin le 21 avril dernier.