L’Afghanistan est-il encore sur les radars de la communauté internationale? La signature d’un accord entre Américains et talibans à Doha le 29 février dernier avait créé quelques espoirs, ténus, de voir la situation s’améliorer. Mais depuis cette date, les talibans n’ont peut-être pas attaqué les forces étrangères, respectant en ce sens l’accord. Mais ils ont mené en moyenne 55 attaques quotidiennes contre les forces afghanes, soit 4500 au total. Ils ont d’ailleurs revendiqué un attentat au camion piégé perpétré dimanche, tuant cinq personnes sur une base de l’armée dans la province de Helmand. Pourtant, un autre ennemi tout aussi redoutable, invisible, est en train de faire basculer l’Afghanistan: le Covid-19.

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50% de contaminés

Recensant plus de 2900 cas de contamination et 90 décès, l’Afghanistan craint le pire. Selon Paul Dillon, porte-parole de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), des tests au hasard ont été récemment menés auprès de 500 personnes à Kaboul. Résultat: 50% des personnes examinées ont été testées positives au Covid-19. «L’Afghanistan, a-t-il précisé mardi, pourrait avoir l’un des taux de contamination parmi les plus élevés du monde. Et si aucune action urgente n’est entreprise, 80% des 35 millions d’Afghans pourraient être infectés.» Les jeunes sont particulièrement touchés. Selon l’OIM, 29% du total des personnes infectées ont entre 10 et 19 ans, 25% ont entre 30 et 39 ans. Les 70-79 ans ne représentent pour l’heure que 3% du total.

La pandémie touche de plein fouet la capitale, Kaboul, et n’épargne pas le palais présidentiel où réside le chef de l’Etat, Ashraf Ghani, et où une quarantaine de personnes ont été infectées. Le système de santé était déjà à la limite de ses capacités avant l’arrivée du coronavirus. Le pays n’a que huit centres capables de n’effectuer chacun que 100 à 150 tests par jour. Il dispose de très peu de matériels médicaux tels que des respirateurs artificiels pour traiter les cas les plus sérieux.

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Paul Dillon le souligne: «L’espérance de vie y est seulement de 50 ans pour les hommes et les femmes et un haut pourcentage de la population est déjà touché par diverses maladies comme la tuberculose, le sida, la malnutrition, le cancer ou des maladies du cœur et des poumons.» La distanciation physique telle que préconisée par l’OMS est souvent impossible dans des familles vivant en moyenne à sept et dans la promiscuité.

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Le défi du coronavirus est accentué par le fait que 271 000 Afghans sur les 3,5 millions de réfugiés qui vivent dans les pays alentour sont rentrés du Pakistan et de l’Iran voisins. Or la République islamique est fortement touchée par la pandémie. Le Covid-19 provoque de fortes tensions entre Téhéran et Kaboul. Vendredi dernier, plusieurs dizaines d’Afghans auraient franchi illégalement la frontière. Des gardes-frontières iraniens les auraient forcés à traverser le fleuve Hari Roud qui sépare les deux pays. Plusieurs ont péri noyés.

Crise économique et politique

Avec le ralentissement brutal de l’activité économique, l’Afghanistan est au bord du gouffre. Avant l’arrivée du Covid-19, près de 80% de la population vivait au-dessous du seuil de pauvreté. Le chômage avoisine les 30% et la pénurie de nourriture provoque une explosion des prix. Selon l’ONG Save the Children, 7,3 millions d’enfants vont connaître la faim. Un tiers de la population n’aura pas assez à manger dès les semaines à venir.

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Comme si cela ne suffisait pas, l’Afghanistan reste plongé dans une grave crise politique. Malgré l’annonce de la victoire du président Ashraf Ghani l’automne dernier, son rival et ex-chef de l’exécutif Abdullah Abdullah refuse de reconnaître sa défaite. Il a même créé un cabinet parallèle. Les Américains, qui ont commencé le retrait de leurs troupes, s’impatientent. Au début d’avril, ils ont annoncé qu’ils supprimaient un milliard de dollars d’aide à l’Afghanistan. Un coup de massue supplémentaire.