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L’AFP retire une photo «ridicule» de François Hollande, le web jubile

Le président français rigolard sous un tableau indiqué «La rentrée des classes»: l’AFP a retiré la photo. Provoquant un bel effet Streisand: l’image est devenue virale sur les réseaux sociaux...

Il n’y avait a priori rien de terriblement excitant à attendre mardi de la venue du président français dans une salle de classe de la ville plutôt sinistrée de Denain, dans le nord de la France, où comme tous ses prédécesseurs, François Hollande venait officialiser en images que, oui, les politiques se soucient de l’école. Un seul photographe pour immortaliser la scène: la salle est petite, et il est prévu que l’AFP distribuera ensuite ses clichés aux autres agences, comme cela arrive souvent dans ce genre de circonstances - si vous ne saviez pas pourquoi lors de certains événements comme les grands sommets, les mêmes images circulent dans le monde entier (et les mêmes extraits sonores) c’est d’ailleurs pour cette raison: cela s’appelle un travail en pool.

A Denain donc, le photographe de pool fait donc consciencieusement son travail, et balance sur le serveur de l’AFP une trentaine de clichés. «La majorité des images de cette série ne prêtent pas à controverse: elles montrent le président serrant des mains à son arrivée, ou consultant des documents, l’air sérieux, devant le tableau noir dans une salle de classe» écrit Philippe Massonnet, le directeur de l’AFP qui a dû ensuite s’expliquer sur le blog de l’agence (à consulter réulièrement, une mine d’informations d’ailleurs!). Car sur la trentaine de photos d’abord diffusées, l’AFP décide après coup d’en retirer une, parce que « l’AFP a pour règle de ne jamais diffuser d’image qui ridiculise gratuitement les gens. On prend la décision de publier une photographie pour sa valeur informative, jamais pour la violence ou, en l’occurrence, le ridicule qu’elle peut générer». Seconde raison: «Etre «de pool» suppose une responsabilité particulière. Il faut veiller à ce que les photos donnent une vision d’ensemble de l’événement».

Le cliché retiré était-il vraiment ridicule? L’image montre un président manifestement très détendu, très souriant, sa bouteille d’eau à portée de mains avec sous un tableau indiquant «C’est la rentrée des classes». Rien d’extraordinaire, admettons qu’elle aurait pu être reprise parmi le stock de photos drôles du Canard enchaîné. Est-ce parce que des photos de président doivent obligatoirement être sérieuses et sans sourire? L’AFP en tout cas appose ensuite sur le cliché une mention «Destruction obligatoire» (et en anglais, en gros caractères rouges, la mention Mandatory kill fait beaucoup d’effet). Et elle demande à Reuters de retirer aussi la ohoto de son serveur.

Mal lui en prend. Le retrait de la photo qui avait déjà commencé à être diffusée est immédiatement interprêté comme de la censure notamment sur Twitter («L’AFP aux ordres de l’Elysée!»), et la photo interdite commence à circuler à toute allure, sur les réseaux sociaux, accompagnée de commentaires moqueurs ou apitoyés, au point de nécessiter donc une mise au point de l’AFP. «C’était une décision éditoriale, prise en toute indépendance, l’Elysée n’est intervenue à aucun moment», etc etc.

Quand «tuer prolonge l’espérance de vie, philosophe aussi l’AFP. [...] Tout cela «alors que cette image, somme toute assez banale et très loin d’être scandaleuse en soi, serait sans doute passée plutôt inaperçue (l’AFP publie en moyenne 2.500 photos par jour) si nous n’avions pas attiré l’attention sur elle en demandant à nos clients de l’éliminer». Qui dit aussi «regretter» la décision, dans un bel acte de courage.

C’est ce qu’on appelle une boulette. Le ridicule n’est pas toujours là où on le croit.

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