Depuis la fermeture fin mars des écoles en République démocratique du Congo (RDC), Pascal Kanik ne chôme pas. Ce jeune entrepreneur avait lancé en 2017 Schoolap, une application proposant du matériel pédagogique. L’entreprise avait remporté le concours Seedstars, à Lausanne, en 2018, visant à faire décoller les start-up des pays émergents.

«Avec la fermeture des écoles, la demande pour l’enseignement à distance a explosé et nous avons dû adapter nos contenus», relate le Congolais. Son entreprise emploie désormais une trentaine de personnes et elle est soutenue par plusieurs partenaires internationaux, comme l’Organisation internationale de la francophonie. «Dans la capitale, Kinshasa, 3000 écoles ont commandé notre matériel, de même que 200 établissements privés», poursuit Pascal Kanik.

Fracture numérique

Plutôt que de se développer en dehors de la capitale, l’entreprise vise d’autres pays de la région. En effet, le réseau de téléphonie mobile congolais ne couvre que la moitié de l’immense territoire et moins de 15% des habitants ont accès à internet. Schoolap propose des alternatives, comme des tablettes depuis lesquelles on peut accéder au matériel pédagogique hors réseau, mais elles coûtent 150 dollars, un prix accessible à une minorité.

Rien ne pourra compenser la réouverture des écoles. En RDC, la rentrée est fixée à l’automne, si la pandémie de Covid-19 le permet. Le Sénégal et le Kenya n’ont eux aussi pas rouvert les écoles avant les vacances. Et les conséquences se font déjà sentir. Le gouvernement de Nairobi a en effet déjà constaté une explosion des grossesses adolescentes dans certains comtés.

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Mi-juillet, un rapport de l’ONG britannique Save the Children tirait la sonnette d’alarme: malgré la réouverture des écoles dans certains pays, plus d’un milliard d’enfants étaient au mois de juin toujours déscolarisés, soit plus de 90% de la population mondiale d’élèves. L’ONG craint qu’une part d’entre eux ne reviennent jamais sur les bancs de l'école et décrochent définitivement. Elle a ainsi identifié 12 pays à risques. Parmi eux une majorité d’Etats africains: le Niger, le Mali, le Tchad, le Liberia, la Guinée, la Mauritanie, le Nigeria, le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Autant de pays où au moins un tiers des enfants n’allaient déjà pas à l’école avant la pandémie, en particulier les filles.

«Le Covid-19 a porté un coup supplémentaire à des systèmes éducatifs fragiles», s’inquiète Emmanuel Mori, le représentant de Save the Children en Afrique de l’Ouest et centrale. Il cite les pays du Sahel, où les djihadistes ont attaqué d’innombrables écoles, symboles des Etats qu’ils combattent. «Les enfants déplacés par les violences n’ont aucun moyen de suivre un enseignement à distance», pointe Emmanuel Mori.

Recours à la télévision et à la radio

A la mi-mai, l’Unesco estimait que la plupart des pays du monde avaient mis en place un enseignement à distance pour pallier la fermeture des écoles. Mais 500 millions d’élèves n’y avaient pas accès, principalement faute de connexion internet. Si en Europe et en Amérique seule 15% de la population n’a pas accès à internet, ce taux monte à 80% en Afrique subsaharienne.

Plusieurs pays africains ont développé des alternatives au tout internet. «Le Burkina Faso a mis en place une fréquence radio pour l’enseignement à distance. Le Ghana a créé une chaîne de télévision pour les lycéens. Le Nigeria a distribué des smartphones avec des applications d’enseignement accessibles hors connexion», énumère Emmanuel Mori, qui appelle à rouvrir les écoles aussi vite que possible. La rentrée sera un défi en Afrique de l’Ouest et centrale, alors que les classes atteignent les 100 élèves. «Les plans de retour à l’école devront être inclusifs, plaide Emmanuel Mori. Et d’appeler les créanciers des pays africains à alléger la dette pour qu’ils puissent investir dans l’éducation et colmater les brèches.

«Si nous laissons cette crise de l’éducation empirer, l’impact sur l’avenir des jeunes générations sera durable, prévient Inger Ashing, directrice de Save the Children. Et la promesse que le monde a faite dans le cadre des Objectifs de développement durable que chaque enfant aura accès à l’éducation d’ici à 2030 ne sera pas tenue.»