«l’Afrique du Sud est techniquement entrée dans la 3e vague aujourd’hui», a indiqué ce jeudi 10 juin sur Twitter l’Institut national sud-africain des maladies transmissibles, ou NICD, qui recense quotidiennement les chiffres du Covid-19. Le pays compte un nombre moyen élevé de nouvelles contaminations sur les sept derniers jours et a recensé plus de 9 000 nouvelles contaminations ces dernières 24 heures. Il est pays le plus touché par le virus de tout le continent.

Un «apartheid vaccinal»

L’Afrique du Sud, durement frappée par une deuxième vague fin 2020 en comptabilisant environ 10 000 nouveaux cas par jour, redoute depuis plusieurs semaines cette annonce. Quatre des neuf provinces du pays, dont celle du Gauteng, qui englobe Johannesburg ainsi que la capitale Pretoria, étaient déjà considérées fin mai 2021 comme touchées par une troisième vague.

Le pays compte désormais plus d’1,7 million de cas pour 57 410 décès, dont 100 survenus au cours des dernières 24 heures. Avec l’Égypte, la Tunisie, l’Ouganda et la Zambie, le pays représente près des trois quarts des nouveaux cas enregistrés sur toute l’Afrique. Ce qui représente environ cinq millions de cas, estime l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

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Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a donc annoncé fin mai un retour à des mesures plus strictes en proclamant un allongement du couvre-feu, la fermeture des commerces non-essentiels à partir de 22 heures et une limitation plus sévère des rassemblements. En retard par rapport au reste du monde, l’Afrique du Sud n’a vacciné qu’un peu plus d’1% de sa population, alors que l’objectif fixé par l’OMS est de vacciner 10% de la population de chaque pays d’ici septembre.

Largement critiqué pour avoir tardé à se lancer dans la course mondiale à l’acquisition des vaccins, le gouvernement sud-africain affirme avoir acheté assez de doses pour au moins 45 de ses quelque 59 millions d’habitants. Cyril Ramaphosa a plusieurs fois dénoncé un «apartheid vaccinal» qui favorise les pays riches dans l’accès aux vaccins. En ce sens, l’Afrique du Sud et l’Inde mènent une campagne pour qu’une renonciation aux droits de propriété intellectuelle sur les vaccins contre le coronavirus s’opère afin que chaque pays puisse produire des doses.

Sur ce sujet, le président français Emmanuel Macron a annoncé ce jeudi 10 juin soutenir la proposition de l’Inde et de l’Afrique du Sud d’une suspension temporaire des brevets sur les vaccins, le temps de la crise, ce dont s’est réjoui l’ONG Oxfam. Pas question en revanche d’une levée définitive de la propriété intellectuelle qui, selon lui, tuerait l’innovation.

Soutien international

Seulement 2% des 1,3 milliard d’habitants du continent africain ont actuellement reçu une dose. Et seuls 9,4 millions d’Africains sont entièrement vaccinés, indique l’OMS. Le président français a lancé un appel ce 10 juin aux laboratoires pharmaceutiques pour que ceux-ci donnent aux pays pauvres l’équivalent de 10% des doses de vaccins anti-Covid vendues.

«Les dons de doses par les Etats doivent être complétés par un don de doses par les laboratoires pharmaceutiques», comme l’engagement de 10% de dons par le secteur privé pris lors de l’épidémie de H1N1, a-t-il rappelé devant la presse. «Les Etats ont massivement financé la recherche et l’achat de doses» et il est «légitime» que «l’industrie pharmaceutique contribue de manière proportionnée à cette solidarité.»

Emmanuel Macron souhaite notamment que le G7, qui démarre ce vendredi 11 juin au Royaume-Uni, endosse l’objectif d’atteindre 60% d’Africains vaccinés d’ici à fin mars 2022. Un objectif défini par l’agence de crise de l’Union africaine, qui prévoit un objectif intermédiaire de 40% fin 2021. «C’est un objectif rehaussé par rapport à celui que nous nous étions engagés à avoir dans le cadre de Covax», le mécanisme international de dons de doses aux pays pauvres, qui n’était que de 20%» d’Africains vaccinés cette année.

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«La France est prête à y prendre toute sa part», ajoute-t-il. Son pays comme l’Allemagne ont chacun annoncé leur intention de donner 30 millions de doses, «ce qui permet à l’Union européenne d’avoir au moins l’objectif de 100 millions de doses» données, assure-t-il. La Maison Blanche a elle aussi annoncé ce jeudi 10 juin que les Etats-Unis donneraient 500 millions de doses aux pays pauvres.