L'Agence européenne de défense (AED) gagne du terrain. Au sortir de leur rencontre à Deauville jeudi, les ministres de la Défense des Vingt-Sept lui ont confié la planification de plusieurs projets clefs.

L'un des dossiers les plus avancés est celui des hélicoptères. Considéré comme prioritaire par l'état-major européen, parce que la mobilité des militaires déployés en opération en dépend, le programme de remise à niveau des appareils et des équipages a reçu le feu vert financier de cinq à six pays, pour un budget de 8 millions d'euros. Une dizaine de gouvernements se sont, en outre, déclarés intéressés par la constitution future d'un groupe aéronaval européen. Un premier test grandeur nature pourrait avoir lieu dans le cadre d'une prochaine mission de surveillance maritime au large de la Somalie.

Réticences britanniques

L'originalité de ces projets de «capacité» est qu'ils peuvent réunir un groupe de pays, sans nécessiter un accord unanime des Vingt-Sept. Une formule bienvenue pour contourner les habituelles réticences du Royaume-Uni, d'ordinaire hostile à toute montée en puissance militaire de l'UE concurrente de l'OTAN. «Pour intéresser les Britanniques à l'Europe de la défense, les plus motivés doivent avancer sans eux», confirmait récemment à La Croix Nick Whitney, l'ancien patron de l'AED.

Car Londres ne met plus de veto. Le programme de «mutualisation» d'une flotte de transport aérien autour du futur gros-porteur militaire A400M d'Airbus - dont la livraison est actuellement retardée par des problèmes de motorisation - avance ainsi malgré l'abstention britannique.

Des divisions demeurent en revanche sur le terrain politique. La décision de mettre un terme, en 2009, à l'opération ALTHEA en Bosnie, où sont déployés 2200 soldats européens - avec le soutien de deux hélicoptères suisses - reste en débat. Des pays tels que la Hongrie ou la Grèce ne sont pas favorables à un retrait. La présidence française de l'UE espère, sur tous ces sujets, obtenir des décisions le 10 novembre, lors du prochain Conseil des ministres de la Défense.