Algérie

L'agitateur Rachid Nekkaz se fait interpeller dans le bâtiment des HUG

Rachid Nekkaz, un «presque candidat» à la présidentielle algérienne, est entré sans permission dans l’hôpital, après s’être donné en spectacle devant quelques supporters et curieux

Telle une star entourée de ses fans, Rachid Nekkaz s’est mis en scène vendredi devant les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Inéligible à l’élection présidentielle algérienne, «candidat des réseaux sociaux» et homme d’affaires, Rachid Nekkaz a annoncé qu’il venait s’enquérir de l’état de santé d’Abdelaziz Bouteflika, l’actuel président algérien candidat à sa réélection et hospitalisé depuis le 24 février en Suisse.

Une cinquantaine de personnes se sont serrées autour de Rachid Nekkaz pour l’entendre. Mais, plus que cette foule, ce sont les objectifs de caméra que l’homme semblait regarder. Le moment était par ailleurs retransmis par Facebook Live.

Dès la veille, Rachid Nekkaz avait sorti la grosse artillerie. S’il venait à Genève, avait-il lancé sur Europe 1, c’était pour voir si le président algérien allait bien «car son dossier de candidature a été présenté alors que tout le monde sait qu’il est mort depuis déjà assez longtemps».

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Coup médiatique

L’homme d’affaires n’en est pas à son premier coup médiatique. Il s’est notamment fait connaître pour avoir payé des amendes prévues par la loi anti-burqa. Il aurait ainsi déboursé près de 360 000 francs dans six pays européens, dont la Suisse. Son dernier coup en date? Avoir enregistré à sa place la candidature d’un «cousin homonyme», mécanicien, à l'élection présidentielle du 18 avril. Si «mon cousin est élu, on créera immédiatement le poste de vice-président […] que j’occuperai», précise Rachid Nekkaz, «le président élu (mon cousin) démissionnera aussitôt» et «je prendrai alors automatiquement le poste de président». En effet, le candidat initialement franco-algérien est inéligible car la loi prévoit qu’un candidat ne doit jamais «avoir possédé une autre nationalité» [qu’algérienne].

Vendredi matin, caméras et smartphones étaient continuellement braqués sur lui. Mais certaines altercations ont été houleuses. «Comme la grande majorité des Algériens, j’en ai marre des gens qui veulent juste le buzz, a dénoncé Yakhlef Salah Eddine, un opposant au régime. Rachid Nekkaz participe à des élections qu’il sait jouées d’avance. Ce populisme est un sérum pour la mafiocratie qui nous gouverne.» «Voter pour ce clown? Jamais! Je suis là pour en connaître un peu plus sur l’état de santé de Bouteflika», a déclaré un autre ressortissant algérien.

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«La Suisse s’entête à mentir»

Malgré les critiques, Rachid Nekkaz n’en a pas démordu. «Comme vous le savez, le bulletin de santé d’un président de la République doit être public, a-t-il déclaré devant de nombreux micros. Si la Suisse s’entête à mentir, à cacher la vérité au peuple algérien, quand je deviendrai président, le 18 avril prochain, il y aura des répercussions dramatiques.»

Peu après midi, Rachid Nekkaz s’est élancé en courant vers l’intérieur des HUG, suivi par quelques sympathisants et curieux. Mais la police a rapidement maîtrisé le mouvement. «Rachid Nekkaz a bien été interpellé. Il est actuellement en audition. Il fait l’objet d’une plainte pour violation de domicile», a confirmé Joanna Matta, porte-parole de la police cantonale. Et d’expliquer que l’homme avait pénétré dans l’hôpital «alors qu’on lui avait dit de ne pas le faire». Opération communication réussie ou dégât collatéral? La question reste en suspens.

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