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L’agression d’un prof juif à la machette à Marseille suscite indignation et effroi sur le Net

Toute la classe politique française condamne ce nouvel acte de barbarie commis au nom d’Allah et de l’Etat islamique. Mais cette belle unanimité se fracasse sur les solutions à apporter au problème

Cette histoire aurait pu très mal finir, mais la victime n’a été que légèrement blessée et son agresseur est sous les verrous: un enseignant juif a été victime d’une attaque clairement identifiée comme «antisémite», avec «une forme de préméditation», lundi à Marseille. Elle a été revendiquée «au nom d’Allah» et du groupe Etat islamique (EI) par son auteur, un adolescent turc d’origine kurde armé d’une machette. La section antiterroriste du Parquet de Paris a été saisie de l’affaire, qui survient dans une France déjà traumatisée par une série d’attaques djihadistes.

Dans leurs tweets, @BCazeneuve, le ministre français de l’Intérieur, @Elysée, le président de la République, et son premier ministre «révulsé», @manuelvalls, ont rapidement apporté leur soutien à la victime de cette «révoltante agression», ces trois hauts responsables étant d’accord sur le fait que l'«unité républicaine» constitue un principe plus intangible que jamais en France et qu’il faut faire preuve d'«intransigeance» par rapport à ceux qui s’en prennent à lui.

Sur Twitter, avec le mot-dièse #Marseille, c’est à vrai dire toute la classe politique française qui s’indigne, le chef des Républicains, @NicolasSarkozy, compris. La députée frontiste représentant le tout proche Vaucluse, @Marion_M_Le_Pen, a réagi, citée par le Front national lui-même (@FN_officiel). Le Comité représentatif des institutions juives de France (CRIF) a publié un communiqué sur son site, sur Twitter et sur Facebook.

Le CRIF dit constater «avec effroi» qu'«au lendemain des ​commémorations des attentats de janvier 2015, […] les actes antisémites continuent inlassablement à meurtrir les juifs de France, plongés collectivement dans une spirale de haine qui ne semble jamais vouloir s’arrêter». Il estime par ailleurs qu’«au-delà des nécessaires mesures répressives, il est urgent de s’attaquer aux racines de ce fléau et à ceux qui, au sein de la sphère islamo-fasciste, le propagent, notamment sur Internet».

Sur FB, où l’on se lâche plus facilement que sur les autres réseaux, quelques réactions d’anonymes sont cependant plus radicales. Comme cet expéditif «il faudrait ouvrir des asiles psychiatriques pour ces nouveaux malades…», en ajoutant:… «en Sibérie».

L’expression «nouveaux malades» a d’ailleurs la même faveur que les très courus «psychopathes», comme le fait remarquer un internaute sur cette page du CRIF: «Après l’état de guerre», on fait «la chasse aux psychopathes». Mais «une fois pour toutes, appelons un chat, un chat et un individu hostile à ce qui lui est étranger, un xénophobe!» assène-t-il. Ce, en réaction à un dessin du bédéiste Johann Sfar publié sur Instagram, qui fait précisément référence à des tares psychologiques, plus qu’idéologiques. Mais, cum grano salis, il faudrait en fait «éviter la psychophobie qui consiste à traiter certains de psychopathes, risquant ainsi de blesser les vrais psychopathes»:

Pour le reste, un lecteur du Parisien se demande «qui est responsable». Et il les désigne, en listant les locataires de l’Elysée (à l’exception de Chirac): «Différentes politiques menées depuis plus de quarante ans, en commençant par Giscard (regroupement familial), en passant par Mitterrand (boboïsation de nos élites), jusqu’à Sarkozy (parler pour ne rien faire). Quant à Hollande, [soit] il prend des décisions de dictateur (c’est la seule possibilité, le ver est dans la pomme mais ne l’a pas complètement pourrie) [soit] l’histoire retiendra sa complicité.»

Enfin, un internaute de L’Obs pointe le problème là où il fait le plus mal: un jeune Turc kurde qui se bat pour Daech? Autant dire, selon lui, «un juif ou un gitan de 1942 se battant pour les nazis… si ce type n’est pas fou, il n’en est pas loin.» On y revient. Alors, que faire de lui? «Le garder au chaud […], aux frais de la princesse, en attendant qu’il recommence après quelques années de formation terroriste en prison? Ou peut-on l’expulser en Turquie, son pays, sans froisser les valeurs de gauche?»

Sur ce plan-là, malgré l’unanimité de la condamnation de l’acte en soi, réalistes de droite et idéalistes de gauche ont encore de beaux jours à passer à régler leurs comptes.

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