Les talibans afghans ont rencontré pour la première fois une délégation conjointe des Etats-Unis et de l'Union européenne (UE) mardi à Doha, le jour même où les dirigeants du G20 se sont engagés à travailler ensemble pour éviter une catastrophe humanitaire en Afghanistan.

L'UE a promis, lors d'un sommet virtuel du G20 organisé par l'Italie, de fournir une aide humanitaire d'un milliard d'euros à l'Afghanistan, dont une partie est destinée aux besoins humanitaires urgents et aux voisins de l'Afghanistan qui avaient accueilli les Afghans fuyant les talibans.

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«Une aide spécialisée pour les vaccinations, l'hébergement, ainsi que la protection des civils et des droits humains» est également prévue, a dit la porte-parole de l'UE, Nabila Massrali. «Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter un effondrement humanitaire et socio-économique majeur en Afghanistan», a dit la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Confrontés à la paralysie de l'économie et l'imminence d'une grave crise humanitaire, les talibans cherchent à obtenir un soutien international, bien que leur régime ne soit encore reconnu par aucun pays.

L'aide humanitaire et les droits des femmes abordés durant le sommet

Les pourparlers directs à Doha entre représentants des talibans, des Etats-Unis, du Canada, de l'UE et de plusieurs pays européens dont la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni ont été facilités par le Qatar, pays proche des talibans.

Ils devaient «permettre aux Etats-Unis et aux Européens d'aborder des problèmes» tels que la liberté de déplacement pour les personnes désirant quitter l'Afghanistan, l'accès à l'aide humanitaire et les droits des femmes, selon Nabila Massrali.

Pas de reconnaissance des talibans

Les dirigeants du G20 ont réaffirmé leur promesse d'apporter de l'aide humanitaire à Kaboul, tout en rappelant qu'ils restaient «extrêmement concentrés» sur la lutte contre le terrorisme, a indiqué Washington.

Le régime taliban est lui-même confronté à la menace du groupe djihadiste Etat islamique, qui a mené une série d'attaques meurtrières en Afghanistan ces derniers mois.

Le chef du gouvernement italien Mario Draghi a souligné que le G20 envisageait «un mandat général» à l'ONU afin de superviser la réponse internationale aux problèmes socio-économiques de l'Afghanistan. Mais selon lui, il est encore «tôt» pour une reconnaissance du régime des talibans bien qu'une «sorte d'implication» de leur part serait nécessaire pour fournir l'aide à leur pays.

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«Il y a une différence entre un dialogue pragmatique, pratique, sur nos intérêts nationaux majeurs que sont pour nous le contreterrorisme, la liberté de déplacement, les droits humains», et «toute sorte de reconnaissance ou de légitimisation des talibans», a aussi prévenu mardi à Washington le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price, tout en saluant des rencontres «positives» et «productives».

Une invitation à agir

La reprise du pouvoir par les talibans est une «réalité dont nous devons tenir compte. Le plus important maintenant est d'interagir avec eux», a déclaré Mutlaq al-Qahtani, émissaire spécial du Qatar pour l'Afghanistan, esquivant une question sur la reconnaissance éventuelle du régime des talibans par son pays.

En amont des discussions de Doha, le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, avait affirmé que l'UE cherchait avant tout à prévenir un «effondrement» de l'Afghanistan. «Nous ne pouvons pas nous contenter de regarder et d'attendre. Nous devons agir, et rapidement.»

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Les Etats-Unis ont envahi l'Afghanistan en 2001 et fait chuter le régime des talibans, en réponse aux attentats du 11-Septembre planifiés par le réseau djihadiste Al-Qaïda depuis l'Afghanistan, alors contrôlé par les talibans. Les troupes américaines se sont retirées fin août. La prise de pouvoir par les talibans a entraîné l'évacuation d'Afghanistan de plus de 100 000 personnes qui redoutaient des exactions ou des actes de vengeance de la part des nouveaux maîtres du pays.