«La Suisse n'est alignée sur aucune grande puissance. Elle a la réputation de facilitatrice de dialogue et son assistance humanitaire est engagée en Birmanie depuis des années. Ce sont probablement les raisons pour lesquelles notre aide est distribuée aux victimes sans passer par les militaires», explique Jean-Philippe Jutzi, porte-parole de la Coopération suisse. Un avion-cargo affrété par la Confédération et transportant 40tonnes de matériel (d'une valeur de 400000 francs) a atterri vendredi à Rangoon.

Les tentes, les bâches et les équipements de cuisine ont été débarqués sous le contrôle de cinq ressortissants suisses. Plusieurs chargements en camion sont aussitôt partis vers les zones affectées. La distribution est assurée par l'Adventist Development & Relief Agency, une organisation caritative bien implantée sur place et qui travaille avec des employés locaux et MSF Suisse.

Ambassadeur reçu à Rangoon

«Nous recevons encore 10000 moustiquaires ce mardi. Elles seront distribuées aux réfugiés qui sont hébergés dans les écoles et autres bâtiments publics», explique Jean-Michel Jordan, coordonnateur de l'aide suisse à Rangoon.

Selon Rodolphe Imhoof, ambassadeur suisse en Birmanie (basé à Bangkok, mais qui a pu visiter Rangoon mercredi dernier), le port est débarrassé des épaves. Le nettoyage de la ville a commencé et l'électricité revient quartier par quartier - à noter que la ville subit en temps normal des coupures quotidiennes régulières. L'ambassadeur suisse est l'un des rares diplomates occidentaux à avoir été accueilli par les autorités de la junte. Le corps diplomatique basé en Thaïlande suit les événements à distance et insiste pour que les militaires birmans laissent passer l'aide internationale.

«Moins d'un quart des 2 millions de sinistrés ont eu accès à une quelconque assistance à ce jour», s'insurge un diplomate européen. Il estime révoltant que la junte accorde la priorité à l'organisation du référendum samedi prochain dans les zones sinistrées qui n'avaient pas voté le 10 mai. «Aussi longtemps que Singapour agit comme le banquier de la junte, que l'Inde achète du gaz birman, que la Chine lui livre des armes et que la Russie veuille assurer un accès aux mers du sud, nous ne pouvons malheureusement pas assécher le régime», ajoute-t-il. Il note toutefois un changement depuis l'arrivée de l'aide américaine.